RECLUS, Élisée. "Une opinion sur Louise Michel ".

"Rectification"

jeudi 13 décembre 2007

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Louise Michel (Photo Coll. Labadie)

RECTIFICATION

L’Insurgé, 19 janv. 1905

Au moment de mettre sous presse, nous recevons la rectification suivante :

Bruxelles, 18 janvier 1905

Mon cher ami et compagnon

Je viens de lire dans L’Insurgé du 14 janvier un article nécrologique sur Louise Michel extrait du Journal de Paris, et signé Jean Bernari. Permettez-moi d’en relever quelques passages qui ne rendent point justice à celle qui fut notre amie vénérée. D’abord une ou deux phrases relatives à la Commune me paraissent inexactes au point de vue historique et moral, mais passons :

Voici ce qui nous paraît complètement erroné et de nature à tromper sur le caractère et la vie de Louise Michel.

« En fait d’avantages, elle ne récolta que six mois de prison pour avoir cédé aux instances d’une troupe de fauteurs de désordres qui l’entraînent au pillage de quelques boulangeries.

« Et le peuple de Paris se dit : Louise Michel ? une brave fille… Mais c’est une folle !…

« Une folle ? Le mot arrive à Louise Michel et cette femme qui a bravé les balles dans la guerre civile, qui a subi la déportation et qui, tous les jours, défie la misère, cette femme prend peur. Il lui semble que déjà la légende est accréditée et que demain on viendra la prendre pour la conduire au cabanon. Et elle fuit… »

Louise Michel n’eut point à céder aux instances d’une troupe de fauteurs de désordres qui l’entraînent au pillage de quelques boulangeries : c’est en plein sentiment de solidarité avec les pauvre qu’elle aida des faméliques à prendre un peu de ce pain auquel ont droit tous ceux qui, ayant faim, refusent de se laisser mourir. Pour elle, les « fauteurs de désordre » étaient ailleurs, parmi les « honnêtes gens ».

Et quels furent ceux qui la qualifièrent de « folle » ? Le Journal nous dit que ce fut le « peuple de Paris » ! Ce brave peuple aurait été halluciné à ce point qu’il prit pour « une folle » la femme dévouée qui se dépensait incessamment pour les faibles, les malheureux, les ignorants ! C’est une injure imméritée. Tous ceux qui ont vécu l’histoire de cette époque savent que le gouvernement voulant à tout prix se débarrasser d’une femme aussi gênante par son héroïsme, et comprenant que l’opinion publique ne permettrait pas une deuxième condamnation de cette noble femme, avait imaginé l’ingénieux échappatoire d’un internement pour cause de folie. La bourgeoisie, perverse et menteuse, eut bien compris cet échappatoire et la presse avilie aurait approuvé, en enguirlandant quelques belles phrases autour du cas intéressant de psychologie. Louise Michel fit échouer la combinaison en émigrant en Angleterre. Ce déplacement avec liberté de propagande lui semblant encore préférable au silence forcé dans un cabanon !

Je vous prie de rétablir la vérité au sujet de notre amie. Ce n’est pas à L’Insurgé qu’il convient de maintenir les fausses appréciations de journaux bourgeois injustes jusque dans leur sympathie.

Cordialement,

ÉLISÉE RECLUS


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