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Bilan

UTCL. "Les dix-sept années de l’Union des travailleurs communistes libertaires"


Texte de bilan collectif adopté le 16 juin 1991, au terme du 5e et ultime congrès de l’Union des travailleurs communistes libertaires.


Entre les premières interventions d’une tendance «UTCL» au sein de l’Organisation révolutionnaire anarchiste, en automne 1974, et le Ve et dernier congrès de l’UTCL en juin 1991, dix sept années se sont écoulées.

Les militantes et les militants de l’UTCL décident aujourd’hui, 16 juin 1991, de mettre un terme à l’existence d’une structure, d’un sigle, d’un cadre organisationnel; ils le font pour s’insérer pleinement dans la construction d’une organisation nouvelle, formée sur la base de l’Appel et des Collectifs pour une Alternative libertaire, processus auquel ils ont très activement contribué dès les origines.

Cette nouvelle organisation, convergence entre de nombreux militants inorganisés et ceux du Collectif jeunes libertaires (CJL) et de l’UTCL, ouvre la possibilité d’un saut quantitatif et qualitatif pour le combat libertaire «lutte de classe», le syndicalisme révolutionnaire, le communisme libertaire.

La lutte que nous menons depuis dix-sept ans se continuera sous une forme renouvelée, mieux adaptée à l’époque, et aux côtés de nouveaux camarades, sur des bases décidées démocratiquement par l’ensemble des membres de l’Alternative libertaire.

Loin de tracer une croix sur notre passé, nous sommes conscients d’apporter une expérience pratique et théorique non négligeable, une formation, une implantation sociale.
Le projet communiste libertaire adopté lors du IVe congrès de l’UTCL exprime notamment cet apport collectif.

À l’heure d’un bilan dont nous n’avons pas à rougir, nous indiquerons ici quelques unes de nos expériences et de nos avancées, mais sans masquer ce qui nous paraît être les erreurs et les défauts, dégageant ainsi quelques leçons qui pourront être utiles dans la construction de la nouvelle organisation.

***

TLPAT n°1 (1er mai 1976)

Les convictions initiales de l’UTCL étaient à peu près celles-ci:

– Il faut donner au combat révolutionnaire et libertaire une assise parmi les travailleurs, qui déterminera jusqu’à la nature même de ce combat.

– Il faut articuler le discours révolutionnaire avec une pratique de masse, à la base, qui tienne compte des réalités quotidiennes nécessairement limitées de la lutte des classes; en conséquence il faut participer très activement aux luttes revendicatives et au syndicalisme, tout en diffusant publiquement auprès des travailleurs nos idées spécifiques.

– Le combat anticapitaliste est global, c’est-à-dire qu’il se mène dans et hors les entreprises, sur les questions touchant à la production, et sur toutes les questions de la vie quotidienne, de la cité, de la société.

– Il faut reconstruire une stratégie révolutionnaire différente des croyances de l’après 68 («l’imminence de la révolution») et capable de tenir tête à la sociale démocratie: une stratégie cohérente et crédible qui propose un prolongement politique aux luttes sociales.

– Il faut élaborer un projet révolutionnaire qui puise de façon critique dans tout l’acquis du courant libertaire ouvrier, et dans celui de l’ensemble des courants et apports révolutionnaires, y compris dans ceux de Marx et des «marxistes» non dogmatiques.

– Il faut construire une organisation libertaire qui expérimente les formes et le contenu autogestionnaire et fédéraliste du socialisme que nous proposons; une organisation efficace, écoutée, et qui tourne le dos au modèle du «parti».

– Une Alternative révolutionnaire appelle l’unité des forces, largement au-delà d’une seule organisation ou du seul courant libertaire.

Ces convictions sont toujours les nôtres.

Mais, en dix-sept années, nous avons expérimenté plusieurs voies, nous avons évolué, élargi notre réflexion, modifié certaines réponses, ouvert d’autres questions.

L’implantation parmi les travailleurs

TLPAT n°4 (avril 1977)

L’UTCL fut lancée par un noyau de très jeunes travailleurs confrontés aux grandes grèves de 1974 dans les banques, les PTT, les chemins de fer. Réexaminant à la lumière de leurs expériences pratiques le discours de l’extrême gauche et celui de l’ORA (à l’époque organisation quantitativement la plus importante du mouvement libertaire) ils s’élevaient contre la prépondérance politique des militants extérieurs à la condition des travailleurs, et contre ses conséquences:

– une image mythique du prolétariat, qui faisait écran aux réalités beaucoup plus contradictoires et aux luttes quotidiennes limitées menées dans les entreprises;

– une déviance ultra-gauche et antisyndicaliste assez générale dans l’extrême gauche et très sensible dans les courants communistes libertaires des années 70: MCL puis OCL1, ORA;

TLPAT n°20 (février 1979)

– la prédominance du projet léniniste dans l’extrême gauche, qui attribuait de fait le rôle dirigeant aux couches intellectuelles.

Dans ce combat nous avons eu tendance, dans les premières années, à verser dans un certain ouvriérisme. Nous reviendrons plus loin sur la question de la direction ouvrière de l’organisation. Précisons toutefois que le prolétariat dont nous parlions répondait à une définition large (ouvriers, employés, techniciens, enseignants); que par travailleurs nous entendions déjà aussi travailleurs privés d’emploi; et que nous ne crachions pas sur les autres «fronts» de la lutte.

Notre composition initiale et notre volonté d’intervention et d’implantation dans les entreprises nous a permis d’accumuler les expériences. L’essentiel des ralliements à l’UTCL fut celui de militants ouvriers, syndicaux, ou dans tous les cas de camarades polarisés par ces problématiques. Les militant(e)s ont participé à l’animation de plusieurs centaines de grèves et de mouvements revendicatifs importants. Ils ont acquis leur implantation syndicale sur la base d’un travail de terrain. Ils ont expérimenté la validité de l’auto-organisation, exigeant en permanence la souveraineté des assemblées générales. Ils ont progressé, à travers la pratique, dans leur compréhension des contradictions dialectiques qui traversent toute base et tout mouvement social. Et c’est effectivement à partir de cela que nous avons conçu nos orientations, opérant un renversement complet par rapport aux schémas classiques d’élaboration politique.

TLPAT n°23 (mai 1979)

Parallèlement à l’intervention directe dans les mouvements sociaux et au syndicalisme, nous avons tenté une expression spécifique communiste libertaire dans les entreprises où c’était possible. Aux PTT (Le Postier Affranchi), à la SNCF,dans l’aérien notamment, ce furent des expériences de bulletins de branches et de bulletins de boîtes locaux. Plusieurs numéros d’un bulletin entreprise intersecteurs ont été diffusés ces dernières années à des dizaines de milliers d’exemplaires. Aucune composante du mouvement libertaire contemporain n’a produit un pareil effort pour populariser le combat libertaire auprès des travailleurs.

Reste à marquer les limites et les carences, tout en notant que les dix-sept années de l’UTCL furent aussi celles d’un formidable reflux des luttes ouvrières qui n’a pas été sans conséquences.

Limite dans la base sociale active de l’UTCL: plutôt des employés et des ouvriers des secteurs publics et assimilés, auxquels s’ajoutent quelques techniciens, quelques enseignants, quelques jeunes scolarisés. Donc des manques importants: ouvriers industriels; travailleurs du privés en plus grand nombre; chômeurs et précaires; travailleurs ruraux.

TLPAT n° 26 (novembre 1979)

Limites dans l’apparition spécifique en entreprise: trop en «pointillé»; nulle part nous n’avons réussi à tenir la durée, avec une apparition régulière et prolongée.
Limites dans la collectivisation des informations et de la réflexion. Il y a eu une carence dans la centralisation (voir plus loin le chapitre sur l’organisation) qui tient également au fait que l’UTCL, organisation en principe de «travailleurs», mais agissant sur tous les fronts comme une organisation globale, ne s’est jamais dotée d’une structure stable, permanente, coordonnant ses activités et ses débats dans les entreprises.

En conclusion, si nous avons élargi nos champs de préoccupation, par rapport à l’ouvriérisme des premières années, nous n’en continuons pas moins à penser qu’un combat révolutionnaire doit être conçu d’abord à partir du prolétariat (au sens large), que c’est d’abord mais pas exclusivement parmi les couches qui le composent qu’il faut agir et s’exprimer, et que l’implantation en entreprise est bien une (pas la seule) des priorités essentielles d’une organisation se réclamant de l’autogestion socialiste.

Un syndicalisme d’action

Une part importante de notre expérience ouvrière s’est jouée dans le syndicalisme. En rupture avec l’ultra-gauchisme, l’UTCL s’est construite sur une compréhension dialectique des mouvements sociaux en général et de l’action syndicale en particulier: sur ce que nous avons nommé la contradiction entre un pôle de rupture et un pôle d’intégration, qui traverse toutes les luttes menées sous le capitalisme, et sur la nécessité pour les révolutionnaires de la prendre à bras le corps, s’ils veulent participer aux luttes de classes réelles, en être des animateurs et non pas une espèce d’élite coupée des réalités et des gens; s’ils veulent justement peser dans le sens de la rupture en étant conscients que l’on ne peut pas échapper complètement à chacun des deux pôles de la contradiction.

TLPAT n°27 (decembre 1979)

Choisissant d’être actifs dans le syndicalisme réel, les militants et les militantes de l’UTCL y ont mené un combat acharné pour une orientation combative, intransigeante, démocratique. Défendant un syndicalisme de terrain, de base, c’est sur cette pratique que des camarades ont gagné la confiance des travailleurs et des syndiqués, et que ceux-ci leur ont confié des responsabilités allant jusqu’à la participation à la direction de fédérations nationales. Après les premiers pas, où nous étions de jeunes travailleurs très minoritaires dans leurs sections locales, nous avons ainsi accumulé et élargi nos expériences, l’organisation comptant des militants «de base», des animateurs de sections locales, de syndicats, de structures interprofessionnelles, de structures nationales. Ainsi confrontés à l’ensemble des problématiques syndicales les camarades ont joué un rôle non négligeable dans les activités des gauches et des oppositions syndicales.

Menées surtout à la CFDT, où nous nous sommes plutôt retrouvés (mais avec également des camarades dans la CGT et la FEN) sans que cela soit le fait d’une «consigne» délibérée, mais, sans doute, de par l’orientation autogestionnaire de celle-ci dans les années 70 et du pluralisme qu’elle offrait, ces pratiques oppositionnelles étaient justes quand bien même elles n’ont pas toujours été victorieuses.

Nous n’en tirons pas moins une analyse critique d’une partie des oppositions, trop timorées et se cantonnant à des batailles de couloirs, loin des équipes militantes de bases.

TLPAT n°38 (février 1981)

L’essentiel était et reste pour nous que le syndicalisme puisse être, au moins là où pèsent des militants révolutionnaires, un outil pour les luttes et pour l’auto-organisation. C’est notre postulat de départ, et c’est à la lumière des résultats qu’il faut juger de la validité ou non de notre orientation syndicaliste. Or l’expérience nous a donné raison sur ce point.

La dernière grande vague de luttes, ouverte fin 86, nous a permis de le confirmer: une partie de l’opposition syndicale, et parmi elle des militants par ailleurs affiliés à l’UTCL, a contribué d’une façon décisive à l’éclosion des luttes, à leur auto-organisation depuis les AG de grévistes, à la multiplication des coordinations.

Des militants de l’UTCL ont joué un rôle de façon déterminante, parmi les premiers éléments déclencheurs, dans les grands mouvements de la SNCF ou des instituteurs, agissant tant depuis des situations de militants de base que depuis des responsabilités départementales et nationales, démontrant ainsi que l’on peut agir sur différents niveaux pour l’auto-organisation. Notre orientation s’en trouvait confirmée par les faits, consolidant notre refus de l’ultra-gauchisme et d’un basisme étroit, d’un côté, et de l’autre notre refus d’un syndicalisme gestionnaire.

TLPAT n°42 (octobre 1981)

La montée de la crise du syndicalisme nous a conduit à évoluer sur le choix d’adhésion. Au départ, celle-ci ne pouvait se concevoir pour nous qu’a la CGT ou à la CFDT (c’était même un de nos dix «principes de base», certes prudemment assorti d’un «aujourd’hui»), éventuellement à la Fédération de l’Education nationale (FEN). Mais notre «boussole» étant la pratique de terrain, nous avons anticipé le morcellement du paysage syndical, dont les bureaucraties portent la responsabilité, et des camarades ont joué un rôle important dans la constitution de syndicats autonomes de lutte (SNPIT à Air-Inter, SUD aux PTT...), qui n’auraient certes pas pu voir le jour sans le travail préalable dans la CFDT. Nous sommes donc ouverts aujourd’hui à la pratique d’un syndicalisme de masse dans toutes les structures qui le permettent, y compris dans la CNT-F, ce que nous avions refusé pendant longtemps pour cette dernière, bien qu’elle ne souffre plus, de notre part d’a priori, force est de constater que les camarades qui y ont mené une expérience ont été, au mieux, déçus.

Au-delà d’une expérience positive et à poursuivre – elle a d’ailleurs contribué largement à modifier le contenu de notre combat, repoussant, nous y reviendrons, certains aspects trop étroitement «organisationnels» des débuts de l’UTCL, et nous permettant d’intégrer sur une base pratique la tradition syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste – au-delà, un point de vue plus critique est nécessaire, outre les erreurs qui émaillent naturellement toute intervention.

Lutter! n°2 (été 1982)

Une grande partie de notre énergie a été absorbée par le syndicalisme. Le travail consacré dans les premières années à une expression communiste libertaire s’est réinvesti au profit d’un syndicalisme d’action qui, il est vrai, reprend une bonne partie des orientations naguère formulées par l’extrême -gauche (AG, auto-organisation etc.). Cela met à nu deux questions:

– celle du contenu de nos interventions spécifiques communistes libertaires, trop étroitement concentrées sur les domaines naturels d’un syndicalisme de classe, et pas assez porteuses d’un message idéologique, «sociétal», et d’une certaine façon «utopique»;

– celui de l’équilibrage des priorités, entre la construction et l’apparition d’un courant révolutionnaire, et la participation active aux luttes de masse et syndicales. Equilibrage d’autant plus difficile à assurer que l’on est numériquement faible, et que le reflux des luttes génère autour de nous la désertification militante. Mais d’autant plus nécessaire que le syndicalisme à besoin de militants politiquement formés et animés d’un idéal qui dépasse l’horizon des seules luttes revendicatives.

Lutter! n°5 (été 1983)

Enfin, au coeur même de notre intervention syndicale, on peut mettre le doigt sur des insuffisances importantes: les camarades syndicalistes libertaires, et plus largement autogestionnaires combatifs, dont nous sommes, ont-ils suffisamment pesé dans l’affirmation d’une gauche syndicale? Nous sommes nous donnés tous les moyens de tenir tête aux courants influencés par le léninisme, ou par les oppositions timorées? Avons-nous suffisamment réfléchi collectivement à nos expériences syndicales, afin de nous armer, tout en refusant, c’est bien clair pour nous, d’agir en «fraction»? Enfin, nous sommes nous suffisamment penchés sur les conditions spécifiques du militantisme dans la CGT?

Très positif par contre, le bilan du colloque «Le syndicalisme révolutionnaire» organisé par la revue Lutter! en 1986 et qui a vu passer plus de 400 personnes dont de nombreux syndicalistes, et où ont pu s’exprimer dans un réel pluralisme de nombreuses sensibilités combatives.

Une lutte globale contre le système

Contrairement à une certaine image, l’UTCL n’a jamais volontairement minoré les thèmes de lutte non syndicaux. Dans les premières années nous distinguions deux concepts: «lieu d’intervention» et «front d’intervention». Par exemple, le «front» lutte des femmes traversait tous les «lieux»: l’entreprise, l’habitat, la vie quotidienne... L’entreprise était le lieu prioritaire où l’on devait ouvrir la lutte sur tous les fronts. D’autre part nous avons toujours expliqué qu’une priorité ne signifiait pas une exclusivité.

Aussi les militants et militantes de l’UTCL se sont-ils investis dans de nombreux combats hors du champ de l’entreprise ou du syndicalisme:

Lutter n°6 (decembre 1983)

– La lutte antimilitariste

Elle fut un des thèmes majeurs de l’UTCL. Le groupe communiste libertaire de Nancy – une des composantes les plus dynamiques de la constitution de l’UTCL (congrès constitutif de 1978)- fut préalablement la première structure de l’extrême gauche à appuyer les comités de soldats.

Au IIe congrès de l’UTCL un appelé en uniforme et masqué intervenait au nom des appelés communistes libertaires: une structure clandestine de liaison et de soutien avait été mise sur pied. La plupart des militants ont participé aux combats antimilitaristes de l’époque, et des camarades comme Daniel Guérin y ont été particulièrement en pointe.

L’orientation antimilitariste de l’UTCL était ouverte: soutien à toutes les formes de contestation de l’armée, insoumission, objection, lutte à l’intérieur des casernes. Celles-ci déclinèrent hélas assez vite, indice du recul plus général des luttes et de la politisation de la jeunesse. Nous avons poursuivi un travail de soutien aux objecteurs et insoumis, et la dénonciation de la condition des appelés. Notre intervention dans la lutte contre la guerre du Golfe puisa aussi ses motivations dans notre antimilitarisme.

On doit toutefois noter que notre intervention collective sur ce front a largement reculé année après année, accompagnant certes le recul et la minorisation de l’antimilitarisme en général, mais nous plaçant en dessous de l’intervention critique et y compris idéologique qui devrait être celle d’une organisation libertaire.

Lutter! n°9 (février 1985)

– L’antiracisme. La lutte pour l’égalité

Si le combat antiraciste est un des classiques de l’intervention des révolutionnaires, c’est sous la poussée des jeunes issus de l’immigration que le problème a réellement été posé à la population. Les «marches» furent également les signes avant-coureurs des luttes de la jeunesse et des travailleurs de la fin des années 80.

Soutenant la première marche (1983) nous avons participé activement à la seconde (Convergence 84). A travers ce soutien l’UTCL gagnait des jalons auprès des jeunes (rouleurs de Convergence, étudiants de Nanterre...) qui allaient former le noyau initiateur du CJL. Depuis, un travail de plusieurs camarades en province et à Paris élargissait nos interventions dans le secteur associatif et sur le lieu d’habitation: de nouvelles problématiques nous saisissaient, qu’elles soient globales (le thème de la «nouvelle citoyenneté» portée par Convergence 84) ou de terrain.

Lutter! n°18 (janvier 1987)
Numéro spécial grèves de 1986.

– La lutte des femmes

Ce fut d’abord la participation active des femmes du Collectif pour une UTCL puis de l’UTCL au mouvement des femmes des années 70 (avec la formation d’une commission spécifique). Puis progressivement un réinvestissement dans les commissions femmes des syndicats. Enfin, durant les dernières années, une participation très en pointillé à des initiatives des militantes féministes, reflet du reflux important de la lutte des femmes, et des motivations féministes moins spécifiques de la nouvelle génération de militantes.

On peut toutefois constater que l’intervention spécifique de l’UTCL a été insuffisante sur ce front, alors que la lutte contre le patriarcat devrait être un des thèmes essentiels d’un mouvement anti-autoritaire. On ne peut pas dire qu’il y ait eu une résistance de type «machiste»; plusieurs autres raisons semblent se combiner. Des sensibilités différentes parmi les militantes n’ont pas aidé à une intervention active: critiques face aux excès des féministes, points de vue économistes minorant la spécificité de ce front, voire réactions face à la prédominance des couches intellectuelles par rapport aux travailleuses...

Lutter! n°26 (mars 1989)
Numéro spécial création de SUD-PTT.

– Le combat anti-impérialiste et anticolonialiste

Le soutien à la lutte du peuple kanak fut un des fronts majeur de l’UTCL. Tous les groupes de l’organisation s’y sont investis. Priorisant le travail à la base, dans les villes, dans les entreprises, dans la jeunesse, à la participation centrale à l’AISDPK (avec néanmoins une présence à ses instances nationales et dans la commission syndicale), de nombreux camarades en ont fait pratiquement leur «front prioritaire» au côté du syndicalisme pendant plusieurs années.

L’UTCL reprenait ainsi, dans un contexte différent, le flambeau de la FCL se jetant dans le soutien au peuple algérien, et comme elle nous avons rencontré des militants libertaires (une coordination anti-impérialiste a pu voir le jour avec des camarades de l’OCL, de la FA et des inorganisés), et nous nous sommes opposés à d’autres (essentiellement des anarchistes traditionnels, de la FA ou non, refusant de soutenir les Kanaks au nom d’un antinationalisme de principe).

A l’issue du soutien nous devons quand même relever quelques carences . Nous n’avons pas su trouver la voie d’un débat suivi avec les militants kanaks sur la question du projet de transformation de la société – alors qu’il est au coeur de l’avancée vers l’indépendance. Ne pas avoir réussi à appuyer l’émergence d’un noyau autogestionnaire dans l’île (surtout ne pas l’avoir tenté) peut nous interroger, ce d’autant plus que l’avenir du peuple kanak n’est pas radieux, qu’il y a devant nous des explosions importantes dans les «Dom-Tom», et que la perspective reste donc toujours d’actualité.

Second temps fort dans la lutte anti-impérialiste: la lutte contre la guerre du golfe. Si là notre intervention se confond avec celle des CAL, si nous nous sommes retrouvés aux côtés de tous les camarades avec un accord sur l’orientation «ni Bush ni Saddam», l’UTCL y a tout de même trouvé la dernière occasion d’une apparition publique dans une mobilisation importante, et elle comptait notamment parmi les organisateurs de la grande manifestation antiguerre du 12 janvier 1991.

Lutter! n°26-27 (mai 1989)
Numéro spécial alternative syndicale

– L’Internationalisme révolutionnaire

Rappelons ici le travail entamé avec nos camarades de l’OSL (Organisation Socialiste Libertaire – Suisse romande) dans un secrétariat international commun et qui permit de nouer et d’entretenir de nombreux contacts sur les cinq continents avec des organisations, collectifs ou revues libertaires et anti-autoritaires. Grâce à ce travail, des convergences politiques ont commencé à prendre forme, notamment avec la Federacion Anarquista Uruguaya (FAU, Uruguay); la Federazione dei Communisti Anarchici (FdCA, Italie), le Partito Anarchico Italiano (PAI, Italie), la Organizzazione Communista Libertaria (OCL, Italie), la Federazione Communista Libertaria (FCL, Italie); l’Anarchist Communist Federation (ACF, Grande-Bretagne), l’Anarchist Workers Group (AWG, Grande-Bretagne); le Workers Solidarity Movement (WSM, Irlande).

De même sur le plan syndical, nous avons participé à plusieurs rencontres internationales de syndicalistes révolutionnaires et des contacts réguliers ont été entretenus avec, entre autres, la SAC suédoise et la CGT/CNT espagnole.

Lutter! n°28 (octobre 1989)
Numéro spécial grève Peugeot.

– Soutien aux peuples et aux travailleurs de l’Est

Largement en avance sur l’événement nous avons mené pendant des années un travail suivi de soutien aux opposants et notamment aux syndicalistes des pays de l’Est. Ce fut le soutien au syndicat SMOT en URSS. Le soutien aux opposants Bulgares et Roumains. Et le soutien à Solidarnösc, alors à l’avant-garde de la lutte contre la bureaucratie, et porteur d’un projet autogestionnaire. Ce furent des meetings organisés par l’UTCL en province et à Paris avec l’intervention d’opposants. Ce furent des dossiers spéciaux.

Et l’organisation d’un grand Colloque en 1981: «De Cronstadt à Gdansk, 60 ans de résistance au capitalisme d’Etat», colloque à la fois historique et contemporain, où se sont exprimées des dizaines de personnalités importantes, de Guérin à Castoriadis, de Plioutch à Ciliga et à Marcel Body, devant plus de huit cents assistants.

Plus près de nous, après l’effondrement des régimes bureaucratiques, les contacts se sont noués notamment avec des syndicalistes révolutionnaires et des anarchistes de l’Est.

Lutter! n°176 (juillet 1991)
Ultime numéro avant autodissolution de l’UTCL

– Écologie

Les militants de l’UTCL ont participé aux grandes luttes contre le nucléaire. Et localement ils sont présents dans de nombreuses mobilisations. Le Projet Communiste Libertaire aborde à plusieurs moment la dimension écologique, dans son analyse de la crise, son projet de société, ses axes stratégiques. Pourtant, même si nous nous activons et si nous sommes sensibilisés, force est de constater que notre expression n’a pas été à la mesure de l’enjeu et du lien qui devrait se faire naturellement entre combats anticapitaliste, libertaire et écologiste.

Sans opportunisme (nos engagements sont largement antérieurs à l’apparition du parti «Vert») nous avouons là une faiblesse incontestable.

– Jeunesse

Dès le numéro 1 de Tout le pouvoir aux travailleurs le collectif pour une UTCL s’exprimait sur la lutte étudiante, reflétant la présence de camarades lycéens et étudiants. La lutte antimilitariste fut un prolongement de la lutte dans la jeunesse. Mais la priorité en entreprise ne s’est pas accompagnée d’un travail spécifique dans la jeunesse scolarisée. C’est à partir de 1984 (Convergence) qu’une nouvelle génération de militant(e)s rejoignait l’UTCL. Ils seront très actifs dans la grande grève de 1986 (où les syndicalistes de l’UTCL ont été par ailleurs parmi les artisans des rapprochements étudiants-travailleurs). Cette nouvelle génération a été porteuse au sein de l’organisation d’une remise en cause de l’aspect trop «syndicalo-syndicaliste» de l’UTCL, où l’insertion des jeunes était devenue difficile.

La relance des luttes dans les facs et les lycées rendait crédible de nouveaux engagements politiques. La constitution du Collectif Jeune Libertaire dans la foulée de la grève de 86 répondait à un besoin: une structure spécifique d’intervention communiste libertaire dans la jeunesse; mais elle mettait aussi en lumière les difficultés de l’UTCL pour répondre à ce besoin.

Créé par des militants de l’UTCL, soutenu par elle, et se situant sur une même trajectoire politique, le CJL a connu un développement important; il constitue de fait une organisation autonome dans toutes ses prises de décision, et dont les neuf dixièmes des membres ne sont pas affiliés à l’UTCL.

Le CJL a donc agit comme un révélateur des qualités et des défauts de l’UTCL, à la fois capable de générer une nouvelle vague de militants, et impropre à en organiser l’essentiel, du fait de son resserrement progressif autour de problématiques non pas exclusivement mais tout de même très prioritairement «syndicalistes».

Il fut ainsi un des éléments moteur d’une remise en question qui nous a conduit au dépassement actuel.

***

Nos interventions «hors entreprises» ou «hors du syndicalisme» n’ont donc pas été négligeables. Mais on note un abandon progressif d’une partie d’entre elles, qu’il faut mettre en relation avec le reflux général des luttes sur tous les fronts: le repli sur l’action ouvrière et syndicale s’explique, et on peut même dire que c’est lui qui nous a permis de «tenir la route» durant une époque difficile pour les révolutionnaires. On note également des fronts importants où nous sommes peu présents. Et une organisation qui a des difficultés à intégrer des jeunes et des militants actifs hors entreprise.

Le renouveau des luttes depuis 1986 – et donc celui des engagements – rendait nécessaire l’abandon de la structure, du sigle de l’UTCL, et de l’image qui lui était attachée. Une organisation nouvelle et globale doit mieux articuler luttes en entreprise et lutte sur tous les fronts, et offrir un cadre où des militants jeunes puissent côtoyer des travailleurs, des militants associatifs ou culturels ceux qui agissent dans les syndicats.

Il serait pourtant illusoire de s’imaginer pouvoir «couvrir» pour autant «tous» les sujets. Pour cela il faudrait constituer une force très importante. Ce que l’on peut espérer dans l’avenir – et ce serait déjà un saut qualitatif par rapport à l’UTCL – c’est un courant qui n’hésite pas à s’exprimer plus sur toutes les questions de la société, qui participe plus activement à des luttes sur la vie, l’habitat, la cité, l’écologie. Et qui, sans perdre l’acquis des interventions de masse, nourrisse son intervention spécifique d’un contenu plus «idéologique», subversif, porteur d’un projet alternatif de société et de vie.

Une stratégie et un contenu révolutionnaires nouveaux

– La stratégie de contre-pouvoir

En cherchant à reconstruire le combat révolutionnaire sur la base des luttes sociales réelles (non mythifiées) l’UTCL s’est opposée dès ses premiers pas tant à la stratégie du programme commun et du Parti Socialiste (la transformation opérée par des gestionnaires depuis les institutions) qu’aux visions irréelles de la majeure partie de l’extrême gauche, focalisée par la croyance en une révolution très proche (la majorité du courant communiste libertaire notamment était alors aveuglée et incapable de formuler une stratégie révolutionnaire adaptée à une période non révolutionnaire).

Cette recherche, qui fut une des constantes de l’UTCL, trouva une première formalisation autour du mot d’ordre «unifier, durcir, autogérer les luttes, vers la grève générale». Le projet d’une grève générale portée pas un mouvement auto-organisé (nous parlions des «Etats généraux des travailleurs») et ouvrant la voie à un possible basculement révolutionnaire était adaptée à la période d’effervescence sociale des années 70. Il permettait à la fois un ancrage dans les luttes revendicatives et un prolongement/dépassement politique. Mais il devint progressivement inadapté: le reflux des luttes le vidait de sa crédibilité.

En progressant dans notre réflexion critique nous en mesurions également les limites: il restait dans la logique de surenchère qui fut celle de l’extrême gauche; en fait, pour qu’avance un projet autogestionnaire parmi les travailleurs une simple accumulation mécanique de luttes et une simple élévation des exigences revendicatives est insuffisante: la logique, le contenu, la dimension qualitative sont indispensables.

C’est ainsi que nous avons avancé dans l’élaboration d’une stratégie alternative de contre-pouvoir, que le Projet communiste libertaire développe largement. Cette option stratégique positionne un combat spécifique. Il fait clivage avec l’absence de problématique stratégique de l’anarchisme traditionnel; clivage également avec l’ultragauchisme des communistes libertaires des années 70, qui faisaient aussi l’impasse sur la nécessité d’une étape, peut-être longue, de mûrissement et de conscientisation des travailleurs. Nous retrouvions une partie des qualités du syndicalisme révolutionnaire et de l’anarchosyndicalisme qui, à travers les luttes revendicatives et le développement de l’auto-organisation des travailleurs, posaient le problème du contre-pouvoir; mais, à la différence en tout cas des «syndicalistes purs», nous avons construit notre projet politique sur les assemblées de travailleurs, syndiqués et non syndiqués, et non sur la structure syndicale... Cette option positionne également un combat libertaire en le crédibilisant face aux stratégies léninistes et sociales-démocrates.

L’élaboration n’en est évidement pas achevée. Dans le Projet communiste libertaire, elle porte encore la marque des limites de l’UTCL: elle repose essentiellement (même si elle s’ouvre à tous les fronts) sur le contre-pouvoir dans les entreprises. Un pan important manque, ou n’est qu’évoqué: il reste aux libertaires «lutte de classes» à préciser et à expérimenter une stratégie de contre-pouvoir dans la cité, la commune, les régions, etc.

– Les bases programmatiques d’un nouveau courant révolutionnaire

Le travail de synthèse des apports positifs du «courant libertaire ouvrier», de Marx, des marxistes non dogmatiques, des autogestionnaires, n’est pas resté un simple souhait.
Nous avons jeté une partie des bases programmatiques de cette synthèse, même si ce n’est qu’à l’état d’ébauche, un énorme travail théorique restant encore à mener.

Quelques unes de ces bases peuvent être rappelées, qui marquent un dépassement de l’anarchisme, et à la fois un retour à ses meilleurs sources: le fédéralisme compris comme une dialectique entre autonomie et centralisation, et donc une certaine conception positive, nécessaire, de cette centralisation; le processus révolutionnaire et les contre-pouvoirs, opposés au mythe du «grand soir»; une conception de l’histoire et une méthode à la fois dialectique et matérialiste; le refus de l’abstentionnisme de principe, et une réflexion à la fois très critique et nuancée, sur le parlementarisme et l’Etat; un projet de société construit, qui n’hésite pas, sur plusieurs questions sensibles, à refuser les tabous des anarchistes mais aussi des gauches révolutionnaires classiques: l’existence d’un droit, d’une justice, d’une monnaie, d’un marché, la reconnaissance de spécialisations et en même tant l’exigence de leur contrôle.

Sur la méthode d’analyse notre courant a travaillé et évolué à un haut niveau d’exigence pour une organisation formée essentiellement de militants de terrain. Les premières recherches dans le Collectif pour une UTCL, les débats à l’occasion de la fusion avec l’OCA, une brochure, un numéro spécial à l’occasion du centenaire de Marx, un chapitre du Projet Communiste Libertaire, ont balisé ce travail. Avec dès le départ plusieurs postulats: la méthode (et la conception de l’histoire) est un outil, pas un système de croyances; il faut se ressourcer aux débats originels du mouvement ouvrier (Marx, Bakounine, James Guillaume...); il faut à la fois intégrer et dépasser Marx, et donc remettre en question les aspects étroitement déterministes et économistes voir métaphysiques de sa pensée.

Ainsi nous nous placions dans la même trajectoire que notre camarade Daniel Guérin, sans reprendre la formule «marxisme libertaire», source de confusion comme il en avait d’ailleurs convenu lui même. Notre volonté d’une méthode dépassant celle de Marx nous fit longtemps mettre en avant une formule un peu différente de celle habituellement en usage: le «matérialisme dialectique historique». Depuis, notre réflexion avançant, nous nous sommes de plus en plus dégagés des schémas un peu «rigides» que nous avions hérités d’un certain marxisme classique.

Ce qui est à retenir, c’est que la méthode ne fut pas pour nous un élément cosmétique, mais qu’au contraire elle a été, notamment dans sa dimension dialectique (et donc en ce qu’elle avait d’opposée au mécanisme et au déterminisme), la matrice où se sont formés l’essentiel des concepts et des orientations qui font la spécificité de l’UTCL, en lien étroit avec nos pratiques.

L’expérience de l’organisation

Dix-sept années d’expériences nous ont permis d’évoluer dans notre conception de l’organisation, tout en validant la nécessité de s’organiser pour penser et pour agir dans le concret.

– L’organisation: un outil nécessaire

L’organisation n’est pas pour nous une chapelle où on se soumet à une «vérité» échappant à la détermination de ses membres; elle n’est pas non plus une armée disciplinée où les militants obéissent à l’autorité de dirigeants même démocratiquement élus: elle est un outil collectif, avec les éléments d’autodiscipline indispensables à toute association active, et une logique de démocratie interne de type autogestionnaire.

Le fait d’être organisés a indéniablement joué dans nos pratiques, dans leurs succés quelques fois, ou dans leurs avancées. Un cadre collectif de débat et d’élaboration nous a permis d’acquérir une formation et une cohérence qui nous aurait manquées. Le fait de partager un même projet et une même éthique de l’action nous a confortés et stimulés. Et nous avons vérifié à de multiples occasions combien une circulation de l’information, un réseau organisé, peuvent être précieux dans l’action militante.

Aussi, à l’issue de ces dix-sept années, nous sommes toujours persuadés de la nécessité de l’organisation, et cette conviction marque un clivage net avec une partie des libertaires, qui nourrissent encore sur le sujet des craintes fantasmatiques, ou qui campent sur des schémas inopérants (tel que le refus de tout vote) preuve d’une coupure avec le réel, ou qui sont les proies d’hésitations et de velléités sans fin. Nous sommes tout autant en clivage avec le modèle du Parti révolutionnaire, sa forme (hiérarchisée), sa vocation (l’exercice du pouvoir). Nous avons démontré que l’autogestion d’une organisation n’est pas une utopie, et cela dans la durée.

– Le dépassement du plate-formisme

L’UTCL fut dans ses toutes premières années très «plate-formiste». Subissant la domination du léninisme sur les courants révolutionnaires, et surtout rompant avec la désorganisation affligeante (politique autant que structurelle) des milieux libertaires (ORA comprise), nous avons ainsi tout d’abord fonctionné sur un modèle assez rigide (mais avec, dès les origines, un esprit de tolérance dans les débats et le souci des droits des minorités).
Une remise en question s’est faite au rythme de notre expérience ouvrière et syndicale grandissante.

Progressivement l’UTCL n’a plus tenu le rôle mythique du lieu où nous nous donnerions collectivement, démocratiquement certes, les «consignes» orientant les pratiques de masse de chacun. A contrario celles-ci venaient nourrir notre réflexion, dans un processus de bas en haut où nous prenions conscience des complexités des terrains où nous évoluions, et des insuffisances de la logique slogandaire des premiers moments de notre organisation.

Les spécificités de l’UTCL, (et notamment l’autogestion de la ligne, qui n’est ni le centralisme, ni un fédéralisme trop localiste) ont permis un «basisme positif» avec notamment des groupes de province soucieux de faire entendre la diversité des situations rencontrées sans se replier sur celles-ci. D’où une conception de la stratégie comme ouverte et ne niant pas les spécificités: un dépassement du concept plate-formiste d’»unité tactique» vers ce que l’on pourrait nommer a posteriori une «unité stratégique».

Le Projet Communiste Libertaire de 1986 est clair à ce sujet. Sans renier l’indéniable progrès constitué par la Plateforme de 1926 et les combats nécessaires d’Archinov ou de Makhno. C’est là une des avancées qui ont rendu nécessaire l’abandon d’une structure UTCL dont le contenu avait considérablement évolué, mais dont le sigle restait attaché aux orientations du début.

Si nous sommes très attachés à ces conceptions ouvertes, on peut se demander si nous n’avons pas eu tendance à tordre le bâton dans le sens inverse du plate-formisme, au cours des dernières années de l’UTCL. Il faut trouver un point d’équilibre, où chacun est libre de ses actes dans les mouvements de masses, mais où les informations circulent et le courant élabore et peut proposer des orientations collectives; sinon, subissant les forces centrifuges du localisme et de l’individualisme, un courant peut ne plus avoir de prise ni de lien avec les réalités.

– L’organisation ouvrière

Nous ne reprendrions plus à notre compte certaines formules du texte «Une organisation ouvrière pour le communisme libertaire» adoptée au congrès constitutif de 1978, tel que: «il est clair que l’entrée de ces militants (jeunesse scolarisée, intellectuels, couches moyennes) dans l’organisation doit être très sélective» ou encore: «...dans l’organisation dès aujourd’hui, comme demain, durant la période révolutionnaire, le pouvoir sera détenu par les travailleurs».

Nous n’avons jamais accompagné cette volonté politique du début de mesures structurelles (du genre «double vote pour les travailleurs»), comme nous l’avions à un moment discuté, aux prémices de l’UTCL. Mais il y a là un ouvriérisme incontestable, avec lequel nous avons rompu.

Notre remise en cause de l’organisation spécifique de travailleurs communistes libertaires, dont le corollaire a finalement été une organisation spécifique des jeunes – le CJL – nous a conduit à formuler le concept «d’organisation globale». Evidemment contradictoire avec le sigle même de l’UTCL.

Mais notre souci toujours intact d’un courant libertaire qui s’implante dans le prolétariat et d’une pratique ouvrière et syndicale déterminée en toute autonomie par les travailleurs de l’organisation nous poussent à ne pas jeter le bébé de l’autonomie ouvrière avec l’eau sale de l’ouvriérisme.

Les partis politiques en général, les organisations d’extrême gauche, souvent les groupes libertaires, et progressivement les syndicats sont dirigés ou animés par des responsables issus en majorité des couches aisées ou moyennes. Nous n’avons donc pas à rougir d’avoir formé une organisation dont les responsables étaient majoritairement des travailleurs immergés dans des pratiques ouvrières.

L’exclusion des ouvriers et des employés de la définition des enjeux politiques est une des grandes données d’aujourd’hui, et l’une des plus contestable.

Or, comment ne pas continuer à prendre à notre compte ce que nous disions en 1978: «un camarade situé hors de l’entreprise ne possède pas l’élément principal nécessaire à la compréhension des luttes ouvrières: leurs pratiques»...

Il y à là une vraie question, qui ne trouvera pas comme nous l’avions cru au départ une réponse formelle, mais qu’il faut se poser en permanence, si on se situe dans le champ de la lutte des classes.

– Une apparition insuffisante

L’apparition de l’UTCL est restée très en dents de scie:

- Une presse inégale dans sa forme et son contenu, mais au total riche et diversifiée, et ouverte vers l’extérieur (nombreux interviews, interventions d’autres courants...).
Avec une Lettre hebdomadaire puis un journal quinzomadaire assurés presque sans discontinuité pendant plusieurs années, et qui est un des points positifs de notre bilan.
Mais cette presse est restée très confidentielle, peu connue, peu lue.

- Des tracts nationaux massifs mais épisodiques.

- Des campagnes d’affiches rares (mais parfois remarquées, comme celle du bicentenaire).

- Des brochures, des plaquettes, des livres de qualité parfois, mais en nombre insuffisant.

- Quelques campagnes de meetings et de réunions publiques, mais là aussi sans régularité. Mais avec trois événements politiques importants: le colloque «Cronstadt/Gdansk» en 1981, celui sur le Syndicalisme Révolutionnaire en 1986, et un hommage à Daniel Guérin sous forme d’un meeting révolutionnaire et pluraliste.

L’UTCL a assuré une présence suivie dans les mobilisations nationales et locales, les manifestations (avec parfois des cortèges plutôt étoffés et dynamiques, derrière nos banderoles et celles du CJL), le soutien aux luttes. Cette affirmation d’un courant libertaire (souvent et longtemps seul à participer à des actions unitaires) a contribué à faire de notre organisation une référence connue dans certains milieux militants.

Mais au delà de cercles restreints, notre organisation est restée ignorée. Et même en direction des militants des autres organisations, des syndicats, des associations etc., nous n’avons jamais eu une politique de communication. Au total l’UTCL est restée une organisation-réseau, une espèce «d’Alliance bakouninienne» involontaire, structurant des «cadres» politiques et syndicaux, influents dans les mouvements sociaux, mais sans réussir à faire vivre un véritable courant d’opinion.

– La stagnation des effectifs

L’UTCL est restée en-deça du seuil numérique critique qui lui aurait permis d’acquérir des moyens suffisants pour gagner un écho massif.

A cela plusieurs causes:

Le contexte à été extraordinairement défavorable. L’UTCL est née alors que les premiers signes de reflux des luttes se manifestaient. Nous avons traversé une période noire et le fait d’avoir «tenu» malgré cela et malgré notre faiblesse initiale est déjà une prouesse.

Le courant communiste libertaire n’a pas offert une expérience organisationnelle et un acquis matériel aux fondateurs (très jeunes) de l’UTCL. Il a fallu repartir de zéro, faire et refaire de nombreuses erreurs.

Nous avons privilégié le mouvement social, les luttes, le syndicalisme, par rapport à l’organisation. La plupart des camarades se sont lancés dans les pratiques et ils ont eu raison; nombreux sont ceux qui ont acquis l’estime des travailleurs et qui ont accepté des responsabilités syndicales... et ils n’ont pu se consacrer à la construction de l’organisation.

Etait-il possible d’agir différemment, du fait de notre composition sociale mais aussi de l’époque? Toujours est-il que l’UTCL a largement souffert de cette priorisation, dans ses activités locales et nationales.

Nous avons sous-estimé l’importance de la centralisation dans la construction de l’organisation. Ou parce que nous avons toujours privilégié le contenu politique sur la structure, ou par basisme, ou aveuglés par un modèle de militantisme effréné qui ne pouvait tenir qu’un temps, nous n’avons pas compris assez tôt qu’une organisation a besoin d’une infrastructure technique performante, et d’une équipe de responsables nationaux assez formés pour assurer les tâches politiques auxquelles une organisation ne peut pas échapper.

Mettre des moyens, dégager des camarades en nombre suffisant pour ces tâches, les former, ne nuit pas à la démocratie: celle-ci a au contraire besoin d’un système de coordination qui fonctionne bien. Cette faiblesse dans l’organisation centrale (en contradiction avec l’image que l’on a souvent donnée de nous) a eu des effets en chaînes. Peu de gestion des contacts, et donc pas de développement. De nombreux projets adoptés dans l’enthousiasme... mais finalement pas mis en oeuvre faute de moyens humains. Et, d’une façon générale, une vraie capacité organisationnelle et politique sur des «coups» de courtes durées (à l’exception notable de la lettre hebdo) mais impossibilité à tenir la longueur.

Nous n’avons pas su trouver les termes et les formes d’une intervention politique publique. Comment dire autre chose et autrement que les secteurs syndicaux et associatifs radicaux? Comment faire passer un message «idéologique» sur la société, la vie, etc.? Si nous avons su formuler le contenu programmatique de notre identité, nous avons échoué à lui donner une forme attractive capable de rencontrer et de politiser les révoltes latentes parmi les travailleurs et les jeunes. Et pour cette raison nous n’avons pas réussi à gagner les militants actifs sur leur terrain qui sont en accord avec nos pratiques, mais qui ne trouvent pas dans nos activités politiques réelles des éléments motivant un engagement.

Un courant unitaire

L’UTCL s’est immédiatement affirmée en courant unitaire qui ne se concevait pas comme l’unique embryon de l’Alternative de demain.

– De la gauche ouvrière et syndicale au «grand mouvement anticapitaliste et autogestionnaire»

Dès le n°1 de Tout le pouvoir aux travailleurs (mai 1976) le Collectif pour une UTCL développait dans un article central la perspective d’une «Alternative révolutionnaire» reposant sur l’organisation de ce que nous appelions «la gauche ouvrière et syndicale», les noyaux de travailleurs syndiqués et non syndiqués qui s’opposaient au PC et au PS sur des bases de démocratie ouvrière. Nous poursuivions ainsi la problématique de l’ORA «Pour qu’une force s’assemble» en l’élargissant.

Parallèlement (mais aussi dans l’esprit de contribuer à l’Alternative révolutionnaire) nos participations actives aux mobilisations de l’extrême gauche – ce qui nous valu une réputation de «frontistes» (?) notamment portée par l’OCL, avant que celle-ci ne vienne, dans les dernières années, signer comme nous les appels communs.

Peu à peu (et le recul des luttes aidant) nous avons réinvesti l’orientation «gauche ouvrière et syndicale» dans les combats d’opposition d’une gauche syndicale. Là encore, mais dans un cadre différent, c’est l’unité entre militants politiques de diverses sensibilités, et avec de nombreux inorganisés. Sans négliger les expériences parallèles avec des non syndiqués ou hors syndicats, quand c’était possible (cf. cheminots à Rouen...).

Conscients des limites de cette activité, nous avons ensuite élargi à nouveau notre conception, traçant la perspective d’un «mouvement large anticapitaliste et autogestionnaire» (Le Projet communiste libertaire).

Tout en menant des expériences locales de collectifs alternatifs (Orléans, Tours, Toulouse, Caen, Laval, etc.) et en participant de façon très critique à la campagne Juquin. Nous rencontrions à ces occasions une partie des libertaires inorganisés avec lesquels se construiront les CAL.

Pratiques unitaires, débats - rencontres épisodiques avec la Fédération de la gauche alternative (FGA) puis l’Alternative rouge et verte (Arev), la LCR, l’Alliance marxiste révolutionnaire (AMR), etc. -, perspective centrale de l’Alternative révolutionnaire: une ligne continue pour l’UTCL, marquant son refus de former une secte.

– Les courants libertaires et nous: débats, unités, unifications, divergences, polémiques

Le Collectif pour une UTCL est issu d’une exclusion de l’ORA, consommant la rupture avec un communisme libertaire ultragauche.

Dès le n°2 de Tout le pouvoir aux travailleurs nous publions cependant une lettre ouverte à l’ensemble des libertaires pour ouvrir le débat. Nous avons alors trouvé des interlocuteurs: Alliance syndicaliste, Tribune anarchiste communiste (TAC), Organisation combat anarchiste (OCA).

Avec l’Alliance Syndicaliste les débats ont été loin; le Collectif UTCL et les animateurs de l’AS étaient prêts à la fusion; elle échoua à l’occasion de la Conférence nationale des travailleurs libertaires de 1977, qui fut tout de même une des rares occasions d’un vrai débat entre communistes libertaires et anarcho-syndicalistes, avec près de deux cents participants. Une synthèse entre les deux courants était-elle possible alors? Une bonne partie des anarcho-syndicalistes présents était en fait très réticente à s’organiser (leur expérience, qui suivit la Conférence, fut de courte durée) et nous n’étions pas non plus idéologiquement prêts.

Dans les années suivantes l’AS disparaissait, et une partie de ses militants rejoignait la FA. Pour notre part nous réalisions progressivement la synthèse manquée en 1977, intégrant les aspects que nous jugions positifs de l’anarcho-syndicalisme, et devenant un courant aussi syndicaliste révolutionnaire que communiste libertaire, interlocuteur de la CNT (CGT) espagnole, ou participant à la Conférence internationale organisée à Stockholm en 1990.

Avec Tribune anarchiste communiste nous avons connu plusieurs phases de débats, interrompues, les camarades alternant de sincères élans unitaires à des ruptures pleines d’acrimonie. Un fond de références communes existe, et une même volonté de construire une alternative large. Mais il y a aussi des divergences: sur le contenu de cette Alternative, que les camarades semblent trop réduire à un cartel de courants autogestionnaires et de transfuges du PC, en privilégiant les alliances au sommet à l’unité dans les collectifs de base, et en privilégiant une activité proprement «politique» à l’articulation avec les luttes sociales; divergence sur la conduite des débats dans les structures larges ou unitaires, où les camarades pratiquent trop l’effacement suivi de départs successifs; divergence sur la question de l’organisation d’un courant communiste libertaire, que les camarades critiquent, approuvent, rejettent alternativement; divergences enfin sur le contenu libertaire, les camarades semblant plus attachés à des positions traditionnelles. L’énoncé de ces divergences n’ôte rien à l’estime que nous portons aux camarades, elles peuvent être assumées voire dépassées, et notre souhait reste celui de nous retrouver un jour ensemble.

L’UTCL ne fut pas seulement un interlocuteur provoquant ou répondant à l’appel de débats. Elle fut le produit de convergences entre plusieurs composantes libertaires.

A son Congrès constitutif en 1978, elle vit la jonction entre le Collectif pour une UTCL formé en 1976 et de plusieurs groupes communistes libertaires indépendants.

Le second congrès permit une fusion avec l’Organisation combat anarchiste (OCA), issue elle-même d’une clarification au sein de groupes anarchistes autonomes de l’après 68 (Coordination anarchiste). La revue de l’OCA, Lutter!, allait devenir la revue théorique puis le journal de l’UTCL. Les débats pour la fusion permirent d’avancer dans la définition de la méthode d’analyse, notamment, et l’OCA apporta à l’UTCL des militants actifs et plusieurs points d’implantation importants.

À la même époque, l’UTCL était rejointe par des camarades de l’OCL2 (comme Daniel Guérin), et de la FCL puis de l’OCL1 (tel Georges Fontenis).

Le combat pour que s’ouvre enfin un débat avec la Fédération anarchiste et l’Organisation communiste libertaire fut relancé à partir de 1984. Ces deux organisations comptent des militants expérimentés, et elles ne manquent pas d’acquis, qui pouvaient être utiles à un mouvement au moins partiellement réunifié, si c’était sur des bases solides, que le refus ou les réticences à débattre ne permirent pas d’apprécier. Les divergences n’en sont pas moins réelles.

Avec la FA il y a une divergence de conception de l’organisation qui est profonde. L’absence de tout vote ne peut conduire – c’est notre opinion – qu’à la mise en place de directions occultes et incontrôlables, à une stagnation théorique, et à un mode de débat où l’essentiel ne se joue pas dans l’arène publique et démocratique. Si la FA a effectivement progressé (on ne peut sous-estimer sa reconnaissance de la lutte des classes) elle est toujours porteuse d’une «doctrine anarchiste» assez figée et confuse, voire dogmatique et sectaire . Cela ne devait pas nécessairement empêcher les échanges avec l’UTCL. Mais la FA n’y fut pas seulement hostile. On conservera en mémoire qu’elle a toujours refusé la mise en vente dans sa librairie de la presse de l’UTCL, ce qui vaut toutes les démonstrations.

Les rapports avec l’OCL sont plus complexes. Evidemment conflictuels au départ (bien que nous ayons vite proposé le débat); encore aggravés lorsqu’elle bascula activement dans l’ultragauchisme et dans «l’autonomie». Puis marqués par des esquives et des rendez-vous manqués, alternant avec des accès de polémique parfois féroces (comme à l’occasion du conflit cheminot de 86). Nous le regrettons d’autant plus que le livre produit par l’OCL (État des lieux) ainsi que Courant alternatif sont de qualité, et qu’il existe des bases communes. Le climat s’est un peu dégelé durant les toutes dernières années.

Mais des divergences demeurent. Elles semblent tourner autour d’un certain refus d’apprécier les mouvements sociaux dans leurs contradictions et leurs limites (d’où la mythification successive des coordinations, des squats, du rock alternatif...), et des difficultés à accepter celles d’une intervention de masse; cela au profit de l’affirmation de «noyaux radicaux», hélas aujourd’hui largement ghettoïsés, avec la recherche d’un «rupturisme» qui puise sans doute plus ses références dans le gauchisme post-68 que dans les données contemporaines. Entre notre recherche d’une articulation mouvements de masse/expression radicale et une problématique de rupture minoritaire, l’écart est encore grand. Mais rien ne s’oppose a priori à en débattre. Ce fut le cas seulement ces toutes dernières années, à l’impulsion d’Alternative libertaire ou de la revue Noir et Rouge.

Si l’UTCL a eu quelques difficultés pour bousculer les sectarismes et le refus de débattre, il faut noter qu’Alternative libertaire, courant à la fois neuf et comptant de nombreux inorganisés, a lui marqué quelques points. Nous nous en félicitons, tout en rappelant que toutes ces réticences à débattre sont révélatrices de profondes carences politiques, et que le nécessaire renouvellement du combat libertaire ne doit pas se perdre et se noyer dans des démarches diplomatiques à n’en plus finir, précautionneuses et protocolaires, où le débat de fond et les pratiques sociales seraient finalement oubliées.

De l’UTCL à Alternative libertaire

Au IVe Congrès, l’UTCL indiquait clairement la perspective qu’elle proposait, sous le titre «Construire un courant nouveau».

L’UTCL, en progressant au cours des années, a posé les termes de son dépassement.

L’époque historique nouvelle où nous nous engageons accélérait la pression: il nous fallait abandonner une structure marquée par l’époque historique précédente, une structure déjà largement remise en question de l’intérieur, et qui ne pouvait permettre le développement nécessaire pour nous donner les moyens de nos ambitions.

Enfin, l’existence de camarades allant dans la même direction que nous rendait crédible un processus combinant convergence à égalité et, pour notre part, dépassement de l’UTCL.

Les étapes du processus sont connues: constitution d’une Coordination communiste libertaire à l’initiative de la TAC en 1988; «Appel pour une Alternative libertaire» début 1989; constitution des Collectifs pour une Alternative libertaire, les «CAL»; leur coordination; tenue de trois AG nationales.

Tout au long l’UTCL a très clairement exprimé ses intentions, comme l’attestent les différents bulletins de débat où elle s’est exprimée. Et les militants se sont résolument engagés dans l’Appel puis dans les CAL en respectant les règles du jeu: participation individuelle, refus de constituer une «fraction», et donc possibilité pour chacun de se positionner librement, comme l’ont démontré les débats où des camarades de l’UTCL divergeaient.

Aussi les rapports entre l’UTCL et le processus de constitution d’une nouvelle organisation ont-ils été sans ambiguïté, il s’agissait effectivement d’une convergence délibérée, et Alternative libertaire a été à chaque fois maîtresse de son choix sans se voir soumise à une quelconque sujétion. L’accord politique s’est fait sur le contenu, avec un débat autour d’un avant-projet de texte identitaire qui a permis à chacun de s’exprimer. Et ce document, s’il ne renie pas l’acquis accumulé au cours des années, marque également avec netteté les différences et les progressions, entre la nouvelle organisation et l’UTCL: il exprime une réelle démarche commune, où l’UTCL n’a rien imposé, mais où nous ne nous sommes pas non plus livrés à des concessions sur le fond.

Enfin le fait que le CJL et l’UTCL aient été finalement les deux seules organisations représentées ne relèvent pas de nos responsabilités; sans épiloguer ici sur la FA, constatons que l’OCL avait déjà refusé de s’associer à la Coordination communiste libertaire; et que TAC a quitté les CAL sans mener un débat de fond, laissant chacun perplexe. Pour notre part nous avons toujours respecté le souci légitime de débats avec tous les courants libertaires exprimé par les signataires. AG après AG, de nouvelles initiatives ont été prises en ce sens.

***

Le Ve Congrès de l’UTCL réuni le 16 Juin 1991 enregistre avec satisfaction les avancées des CAL.

Le Manifeste pour une Alternative libertaire, adopté lors de l’Assemblée Générale constitutive de la nouvelle organisation , les 18, 19 et 20 Mai 1991, exprime des convergences idéologiques, théoriques, stratégiques et pratiques, de façon amplement suffisante.
Les CAL se sont multipliés, l’initiative continue à gagner des camarades, et la perspective d’une organisation comptant au minimum deux fois plus de membres que l’actuelle UTCL et sans doute nettement plus est tout à fait crédible.

Aussi le Ve Congrès décide-t-il de l’autodissolution de l’UTCL, ses membres ayant rejoint la nouvelle organisation et travaillant maintenant à sa construction.

Nous apportons notre formation, nos implantations, nos contacts, notre infrastructure matérielle. Décidés à respecter résolument la démocratie de la nouvelle organisation, nous nous refusons à y constituer toute espèce de réseau, tendance ou fraction. Chaque militant, chaque militante hier membre de l’UTCL est engagé librement et personnellement dans la nouvelle organisation.

La structure UTCL n’est plus.

Les liens de l’amitié demeurent et s’élargissent.

Et nous ne renions en rien dix-sept années de combat pour un communisme libertaire et un syndicalisme révolutionnaire, en nous engageant sans arrière-pensées mais non sans mémoire dans le projet d’une Alternative libertaire.

Texte adopté par le Ve et ultime congrès de l’UTCL.

Paris, 16 juin 1991


Contributor : CREAGH Ronald

To cite this page:
UTCL. "Les dix-sept années de l’Union des travailleurs communistes libertaires", 16 June 1991.
What's new: 30 November 2015. [Online].
http://raforum.info/spip.php?article3872
[Accessed on 28 April 2017]


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