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1 janvier

dimanche 2 janvier 2011, par CREAGH Ronald

100e anniversaire de l’ouverture de l’Ecole Moderne de New York (1911), En commémoration de Francisco Ferrer

Cette école est, dans les souvenirs, un véritable joyau. Un siècle après ses débuts, l’association se réunit encore, tous les ans...

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6, St Mark’s Place
Centre pour les adultes. Photo de l’immeuble en 2001.
(Photo personnelle)

A vrai dire, cette ouverture au 1er janvier fut plutôt symbolique. Il n’y avait ni argent, ni espace au 6, St Mark’s, une place située dans le "Village" à New York, près du fameux "Cooper Union", qui jouait dans la métropole américaine les mêmes fonctions que la salle de la Mutualité à Paris. Le lieu servit donc seulement de centre de formation libertaire à l’intention des adultes.

Aventures d’une idée : la pédagogie libertaire

L’idée de l’école libertaire avait été inventée puis développée par divers penseurs des temps passés et du présent ; elle avait aussi été mise en pratique. L’Europe avait fourni son lot de pédagogues, depuis la perspective utopiste de Charles Fourier jusqu’aux expériences plus sages de Montessori, de Froebel, de Freinet ; il s’y ajoutait les réflexions et les pratiques anarchistes d’un Robin, d’un Sébastien Faure, d’un Jean Grave ou d’un Tolstoï. Mais les Etats-Unis n’étaient pas en reste. Les Américains avaient aussi des expériences dont ils pouvaient être fiers, comme celles suscitées par les "utopistes" Robert Owen ou Josiah Warren. Les immigrants anarchistes italiens, allemands ou espagnols avaient créé aussi, pour leurs enfants, leurs propres écoles, qui se tenaient le dimanche dans plusieurs villes du pays.

La concrétisation du projet

C’est grâce à trois militants, en particulier, que put se mettre en place une modeste école. Ils s’étaient activés pour chercher un local à New York. Cette équipe était constituée par trois hommes dynamiques. Il y avait Alexandre Berkman, un immigré né à Vilna, en Lithuanie, qui faisait alors partie de l’empire russe. Camarade d’Emma Goldman, il avait jadis fait les grandes lignes de la presse lors d’un attentat manqué pour lequel il avait purgé une très lourde peine de prison. Sa formation de typographe lui avait permis de prendre en main la revue d’Emma Goldman, Mother Earth. Un autre imprimeur, Harry Kelly, avait aussi participé activement à la mise en place de l’école. Dans le passé, il avait été souvent pris par d’irrésistibles besoins de voyager, et avait vécu dans des lieux assez divers. Néanmoins, il suivrait désormais l’école avec beaucoup de découvement. D’esprit débonnaire et posé, il commandait le respect en dépit de sa petite stature - il faisait à peine 50 kgs. Il y avait aussi un Anglais, Leonard D. Abbott. Le mouton noir d’une famille assez riche, son appartenance à des milieux fort différents, pour ne pas dire opposés, avait fait de lui un homme au caractère complexe, sur lequel fantasmaient toutes les femmes mais aussi leurs maris.

Le projet aboutit parce qu’il réunissait des gens de bonne volonté, libre penseurs, socialistes ou autres, avec lesquels les anarchistes s’étaient associés [1]. Les uns et les autres apporteraient aussi une contribution régulière, financière ou pédagogique. De plus, en raison de leur milieu social, notamment au sein des courants juifs laïcs et des immigrants, on pouvait trouver des parents qui accepteraient de lancer leurs enfants dans cette aventure. Enfin, Emma Goldman, la militante bien connue, décrocha un pédagogue tout droit venu des études universitaires, Bernard Boyesen.

En attendant, le Centre de la place St Mark servit à des cours destinés aux adultes. Et c’est en octobre qu’un nouveau lieu accueillit enfin les enfants, au 104E 12th street. Cette école, où les enfants purent se rendre quotidiennement, était animée par John et Abby Correll. L’année suivante, elle se fixa au 63 E 107th street, avec Will Durant parmi les animateurs.

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Modern School
Will Durant et les enfants

Ronald Creagh


[1Cette même ouverture d’esprit contribuerait, dans les années 1920, au retentissement de la campagne de défense de Sacco et Vanzetti, deux anarchistes accusés d’un crime dont ils se déclaraient innocents