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ABENSOUR, Miguel. "Miguel Abensour Du bon usage de l’hypothèse de la servitude volontaire ?"

samedi 2 avril 2011, par pierre

Réfractions (Automne 2006) No. 17

Pour reprendre une belle expression de Pierre Clastres, La Boétie serait-il un « Rimbaud de la pensée » ? La Boétie, ce tout jeune homme – quand il écrivit le Discours de la servitude volontaire, il n’avait pas même vingt ans – viendrait-il tel un météore génial bouleverser la tradition ? Il disparaîtrait aussi soudainement qu’il est apparu, laissant la pensée héritée venir peu à peu occulter la vérité scandaleuse qu’il avait énoncée dans un moment d’incandescente fulgurance. La Boétie serait l’auteur d’une pensée subversive, scandaleuse donc, et ferait en tant que tel figure d’exception dans l’histoire de la philosophie politique moderne, pour autant qu’il appartienne à cette histoire. Figure d’exception : telle est la thèse prédominante qui a été réactivée par Jean-Michel Rey dans son excellent livre, La part de l’autre1.

À l’inverse de cette interprétation, somme toute classique, est-on fondé à proposer une contre-thèse, selon laquelle l’hypothèse de la servitude volontaire, loin de faire exception, n’aurait cessé de hanter la philosophie politique moderne, émergeant, faisant surface à la faveur d’un événement, d’une grave crise historique, ou d’une controverse philosophique ? C’est à dessein que nous employons les termes « ne cesse de hanter ». En effet, si l’on tient à mesurer avec plus de justesse la présence plus ou moins souterraine de l’hypothèse laboétienne, il convient de prendre en compte, au-delà de ses expressions manifestes, sa présence « spectrale » en quelque sorte. Cette hypothèse inconcevable, et qui tel un spectre ne manque pas d’effrayer tant elle ébranle les certitudes apparemment incontestables du rationalisme politique, apparaîtrait soit sous la forme d’une résistance à son expression, soit sous la forme paradoxale d’une présence-absence


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