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L’insurrection de Kwangju en Corée du Sud (1980)

mardi 10 avril 2012, par pierre

Dans les deux siècles passés, deux évènements se détachent comme symboles de la capacité spontanée de
milliers de personnes à se gouverner elles-mêmes : la Commune de Paris en 1871 et l’insurrection de la
population de Kwangju en 1980.
Dans les deux villes, les habitants désarmés, en opposition à leurs propres gouvernements, gagnèrent
effectivement le contrôle de l’espace urbain et le tinrent malgré la présence de forces militaires bien armées
cherchant à ré-établir « la loi et l’ordre » ; des centaines de milliers de personnes se levèrent à ces occasions et
créèrent des organes populaires qui avec efficacité et efficience remplacèrent les formes traditionnelles de
gouvernement ; les taux de criminalité chutèrent en flèche durant la période de libération ; et les gens
éprouvèrent entre eux des formes de parenté inexpérimentées auparavant.

Les réalités libérées des Communes de Paris et Kwangju contredisent le mythe largement propagé que les
êtres humains sont essentiellement mauvais et ont en conséquence besoin de gouvernements forts pour
maintenir l’ordre et la justice. Plus exactement, le comportement des citoyens durant ces moments de
libération révèlent une capacité innée à l’auto-gouvernement et à la coopération. Ce furent les forces du
gouvernement, pas les gens ingouvernés, qui agirent avec une grande brutalité et injustice.

Les évènements de Kwangju se déroulèrent après que le dictateur de la Corée du Sud, Park Chung-Hee, fut
assassiné par son propre chef des services de renseignements. Dans l’euphorie qui suivit la mort de Park, les
étudiants menèrent un vaste mouvement pour la démocratie mais le général Chun Doo-Hwan prit le pouvoir et
menaça de réprimer violemment si le mouvement continuait. Dans toute la Corée, avec la seule exception de
Kwangju, les gens restèrent chez eux. Avec l’approbation des Etats-Unis, le nouveau gouvernement militaire
dégagea des limites de la Zone Démilitarisée* quelques une des unités parachutistes les plus aguerries pour
donner une leçon à Kwangju. Une fois que ces troupes atteignirent Kwangju, elles terrorisèrent la population
de façons inimaginables. Au cours de la première confrontation le matin du 18 mai, des matraques
spécialement conçues brisèrent les cranes des étudiants sans défense. Alors que les refluaient précipitamment
pour se mettre en sécurité et se regrouper, les parachutistes attaquèrent brutalement : « un groupe de
parachutistes attaqua chaque étudiant individuellement. Ils éclataient sa tête, cognaient son dos, lui donnaient
des coups de pieds dans le visage. Quand les soldats avaient terminé, il ressemblait à un tas de vêtements dans
de la sauce à la viande. » [Lee Jae-Eui, Kwangju Diary : Beyond Death, Beyond the Darkness of the Age, p.
46] Les corps furent empilés dans des camions où les soldats continuaient à les frapper et à leur donner des
coups de pieds. A la nuit, les parachutistes avaient dressé leurs camps dans plusieurs universités.


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