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STEVENS, Annick. "La philosophie, une alternative libertaire à la religion."

lundi 17 décembre 2012, par CREAGH Ronald

Réfractions No. 14 (Printemps 2005)

Dans la majeure partie du globe, la religion est encore une évidence, le doute même n’est pas encore apparu, et les guides de voyage vous conseillent prudemment de ne pas chercher à parler d’athéisme, si vous ne voulez pas fâcher vos interlocuteurs. Dans les régions où l’athéisme a été pensé, publié, défendu contre toutes les inquisitions, la religion est encore largement l’opium du peuple. L’opium, c’est-à-dire tout à la fois son analgésique, son refuge et sa consolation. Ce ne sont pas les plus grandes abominations qui en provoquent le besoin – celles-là font douter de l’existence des dieux. Ce sont les difficultés quotidiennes, permanentes, les injustices devenues normes, le dégoût et l’impuissance à changer les choses, qui mènent au désir de se réfugier ailleurs, de s’inventer ailleurs un monde juste et beau. Quand suffisamment de conditions historiques sont réunies, le monde meilleur devient projet à réaliser ; quand au contraire tout changement important vers le mieux semble impossible, le monde meilleur est rejeté dans l’au-delà, atteignable soit après la mort soit par une évasion dans les paradis artificiels du mysticisme, de la foi, de la sympathie universelle.

Première raison donc de lutter contre la religion : la tentation de la fuite individuelle fait obstacle au désir de changer collectivement le réel. Les conditions historiques favorisant les changements sont multiples, mais elles dépendent en partie de l’influence qu’exerce chacun des deux messages. Il faut donc comprendre d’où vient la force du message religieux.

La religion est un phénomène multiple. Inutile de répéter les grandes oppositions entre monothéisme et polythéisme, entre visée conquérante et identité limitée à une communauté. Du point de vue social, toutes ne prônent pas la résignation à une répartition injuste des biens, toutes ne favorisent pas une classe dirigeante. Mais il y a peu de risque de se tromper en affirmant que toutes sont gardiennes d’un ordre établi par décret divin et que toutes interdisent à l’individu de se démarquer de la conception commune.


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