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La Guerre de 1914 - 1918. Présentation

lundi 10 février 2014, par pierre

Si on écarte le cas d’une invasion, on peut dire qu’en général les guerres ne sont pas la réponse à une agression. Elles résultent quand un Etat décide de se choisir un ennemi et de l’attaquer [1].

Il faut donc s’inventer un ennemi. Et sa création commence dans l’imaginaire d’une nation : il s’agit de défigurer l’autre pays de sorte que son portrait déclenche au sein du peuple un véritable cauchemar et un désir de vengeance.

La préparation de la guerre concerne en premier lieu les civils. Ce sont donc les medias qui mènent la bataille pour s’emparer des esprits. Ils doivent écarter les objections, racoler la foule, émouvoir toute la population. Lorsque les artistes se rallient à l’idée, ils peuvent fournir les images, les caricatures, qui feront vite le tour du pays. Une image vaut cent mille mots [2]

La guerre de 1914-1918, celle qu’on a nommé "la Grande Guerre," a commencé bien avant. Dès la fin de la guerre franco-prussienne, en 1871, l’Allemagne a remplacé l’Angleterre comme nouvel ennemi. Dès lors, une guerre de l’information va commencer, bien avant le déclenchement des hostirlités.

Source : German History in Documents and Images (consulté le 17/12/2013).

“Le Nouveau Blason Prussien” est paru le 30 août 1871 dans Le Charivari. Cette lithographie vise la Prusse, qui entend créer un nouvel empire germanique. Les Etats fédéraux d’Allemagne sont indiqués sur les ailes d’un aigle en forme de chauve-souris. A gauche de l’image, le talon de l’animal tient la somme payée par la France comme indemnité de guerre, tandis que de l’autre il brandit l’épée de la guerre.

Jean-Joseph WEERTS, "France !! ou l’Alsace et la Lorraine désespérées" Le thème de la perte des deux provinces, après la Guerre franco-prussienne, va constituer un leit-motiv tout au long des années, repris par les milieux nationalistes. Il resurgit vers 1905 et va nourrir un esprit de revanche.

L’antimilitarisme des ouvriers anarchistes s’explique, sans doute, du fait que l’armée française est utilisée contre les grévistes jusqu’en 1914. Mais il y a d’autres causes : l’affaire Dreyfus a entraîné une méfiance à l’égard de l’armée, la collusion entre l’armée et l’Eglise irrite les anticléricaux. Ainsi naissent des soupçons sur les intentions cachées de ceux qui veulent faire croire à l’existence d’un ennemi et qui poussent à la guerre. Le Congrès anarchiste d’Amsterdam en 1904 convient de créer une Association Internationale Antimilitariste. La CGT publie un Manuel du Soldat qui invite à la désertion, et de fait, le nombre de déserteurs va augmenter très sensiblement de 1902 à 1912 [3]. Les artistes libertaires vont participer à des journaux tels que Le Libertaire, Les Hommes du jour, Les Temps nouveaux et L’Assiette au beurre. Parmi ces illustrateurs, graveurs ou peintres, on peut citer Vlaminck, Gris, Kees Van Dongen and František Kupka


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[1Il suffit de se rappeler toutes les guerres coloniales de la France. Pour prendre un exemple récent, alors que leur territoire n’était pas attaqué, les Etats-Unis se sont trouvé des raisons pour envahir le Sud-Vietnam en 1955, Cuba en 1961, le Nord-Vietnam en 1964, Grenade en 1963, le Panama en 1969, l’Afghanistan en 2001, l’Irak en 2003 et la Lybie en 2011.

[2Quand les artistes de talent s’y refusent, c’est aux journalistes de trouver les bons mots qui justifieront la guerre et de les asséner à perpétuité.

[3Cf. Jean Maitron, Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France (1880–1914).