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GUYAU, Jean-Marie. L’irréligion de l’avenir : Étude sociologique

Paris : Alcan, 1887. 480 p.

I. – Nous rencontrerons, le long de notre travail, bien des définitions différentes qu’on adonnées de la religion. Les unes sont empruntées surtout au point de vue physique, les autres au point de vue métaphysique, d’autres au côté moral, presque jamais au côté social. Et pourtant, si on y regarde de plus près, l’idée d’un lien de société entre l’homme et des puissances supérieures, mais plus ou moins semblables à lui, est précisément ce qui fait l’unité de toutes les conceptions religieuses. L’homme devient vraiment religieux, selon nous, quand il superpose à la société humaine où il vit une autre société plus puissante et plus élevée, une société universelle et pour ainsi dire cosmique. La sociabilité, dont on a fait un des traits du caractère humain, s’élargit alors et va jusqu’aux étoiles. Cette sociabilité est le fond durable du sentiment religieux, et l’on peut définir l’être religieux un être sociable non seulement avec tous les vivants que nous fait connaître l’expérience, mais avec des êtres de pensée dont il peuple le monde.

Que toute religion soit ainsi l’établissement d’un lien, d’abord mythique, plus tard mystique, rattachant l’homme aux forces de l’univers, puis à l’univers même, enfin au principe de l’univers, - c’est ce qui ressort de toutes les études religieuses ; mais, ce que nous voulons mettre en lumière, c’est la façon précise dont ce lien a été conçu. Or, on le verra mieux à la fin de cette recherche, le lien religieux a été conçu ex analogia societatis humanae : on a d’abord étendu les relations des hommes entre eux, tantôt amis, tantôt ennemis, à l’explication des faits physiques et des forces naturelles, puis à l’explication métaphysique du monde, de sa production, de sa conservation, de son gouvernement ; enfin on a universalisé les lois sociologiques et on s’est représenté l’état de paix ou de guerre qui règne entre les hommes, entre les familles, les tribus, les nations, comme existant aussi entre les volontés qu’on plaçait sous les forces naturelles ou au-delà de ces forces. Une sociologie mythique ou mystique, conçue comme contenant le secret de toutes choses, tel est, selon nous, le fond de toutes les religions.


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Mis en ligne par : CREAGH Ronald

Pour citer cet article :
GUYAU, Jean-Marie. L’irréligion de l’avenir : Étude sociologique,
Dernières modifications : 11 avril 2015. [En ligne].
https://raforum.info/spip.php?article7347
[Consulté le 15 décembre 2017]



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