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GANDINI, Jean-Jacques.- Notes sur l’anarchisme chinois dans la première moitié du vingtième siècle

lundi 26 octobre 2015, par pierre

1906-1907.– Ces années marquent l’émergence d’un courant anarchiste chinois, mais plus particulièrement parmi les étudiants chinois séjournant à l’étranger, principalement à Paris et à Tokyo. Le groupe anarchiste le plus connu est le Groupe de Paris, formé en 1906 autour de Li Shizeng, Wu Zihui et Zhang Jingjiang. Il se dote, l’année suivante, d’un journal – Le Nouveau Siècle, sous-titré La Novaj Tempoj [1] –, qui favorise la divulgation en chinois des écrits des trois grandes figures de l’anarchisme du moment : Pierre Kropotkine, Errico Malatesta et Élisée Reclus. Rejetant l’État et l’idée de compétition, les membres du groupe insistent sur l’entraide comme facteur d’évolution de l’humanité, prônent la révolution sociale, laquelle ne sera possible que grâce à l’éducation et concentrent leurs attaques sur le confucianisme et la famille, piliers jumeaux de l’autorité dans la société chinoise. Au même moment se crée, au Japon, le Groupe de Tokyo, principalement animé par Liu Shipei et sa femme, He Zhen. Il publie un journal : Les Principes naturels. Si les liens sont étroits entre les deux groupes, leur approche idéologique peut différer. Marqué par son passé d’érudit traditionnel, Liu Shipei voit, en effet, dans Laozi, figure marquante du taoïsme, le père de l’anarchisme en Chine. Parmi les anarchistes occidentaux, il se sent surtout proche de Tolstoï et idéalise, comme lui, la vie rurale et le travail manuel. Un des articles les plus intéressants parus dans Les Principes naturels, inspiré de Kropotkine, prône la combinaison de l’agriculture et de l’industrie dans le cadre d’une économie rurale, idée qui sera reprise, par la suite, par Mao Zedong. Liu est également partisan d’une combinaison du travail manuel et du travail intellectuel, facteur d’élimination de l’inégalité sociale et de création d’une personnalité anarchiste idéale. À la différence du Nouveau Siècle, dont les articles sont plutôt intellectuels, tournés vers l’internationalisme et propageant la science comme nouvelle panacée, Les Principes naturels s’intéressent plus concrètement à la condition de la femme et de la paysannerie chinoise.

1912-1913.– En Chine, Canton constitue la principale place forte de l’anarchisme. Liu Shifu y crée, en 1912, la Société de la conscience, association de caractère plus éthique que social puis, l’année suivante, la Société du coq qui chante dans la nuit [2], dont le but est de propager l’anarchisme à un niveau de masse. Elle sera couplée à un journal – La Voix du peuple, sous-titré La Voco del Popolo en espéranto –, et à une maison d’édition publiant les grands classiques de l’anarchisme et des compilations d’articles parus dans le Nouveau Siècle et Les Principes naturels, diffusés à plusieurs milliers d’exemplaires. C’est encore à Canton que les anarchistes mettent sur pied les premiers syndicats ouvriers modernes de Chine : une quarantaine, principalement dans les secteurs de l’artisanat et des services. De leur côté, rentrés en Chine à la suite de la révolution de 1911 qui voit le renversement de la monarchie mandchoue par les nationalistes républicains du Guomindang, les membres du Groupe de Paris ne restent pas inactifs. Convaincus que tout changement politique devra passer par une réforme sociale radicale sous-tendue par l’émergence d’une nouvelle éthique, il fondent, à Pékin, en janvier 1912, la Société pour l’avancement de la morale. Soucieux, par ailleurs, de conserver le contact avec l’Europe, creuset du mouvement révolutionnaire, et plus particulièrement avec la France, le Groupe de Paris met également sur pied, cette même année, la Société pour la promotion d’études économiques. Cette initiative est encouragée par Cai Yuanpei, membre de la Société pour l’avancement de la morale mais aussi du Guomindang, qui est devenu, entre-temps, ministre de l’Éducation du gouvernement nationaliste [3].


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