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racisme et antiracisme


Voir aussi : Thesaurus (FICEDL)

Le mot race, utilisé en français à partir du 15e siècle, ne signifie alors que « un ensemble de traits biologiques et psychologiques qui relient ascendants et descendants dans une même lignée [2]. » Appliqué d’abord à l’élevage, il l’est ensuite à l’humanité à partir du 17e siècle. Pire, le terme de race prend progressivement un caractère "transcendant" : il présuppose qu’il existe des différences insurmontables au sein de l’humanité. En effet, il exclut certaines populations du discours sur l’égalité humaine et les déshumanise.

Le discours raciste est une construction imaginaire. Il se fonde tantôt sur des croyances religieuses et tantôt sur des prétentions scientifiques, échafaudées sur des différences biologiques ou psychologiques. Il est inévitablement dogmatique, car il permet aux personnes fragiles de se croire supérieures, aux classes dominantes d’exploiter les autres, aux peuples envahisseurs de justifier leurs forfaits. À la fin du 19e siècle et dans la première moitié du 20e, il aboutit à la division des peuples en "races supérieures" et "races inférieures", puis au fantasme d’une "race pure". C’est à ce titre que les nazis se lanceront dans l’extermination des juifs, des gitans, des roms et des homosexuels.

Au cours de l’histoire, l’esclavage n’a pas toujours été lié au racisme. La traite des hommes, des femmes et des enfants continue de nos jours, y compris en Europe et en France. Ces personnes sont vendues à des fins d’exploitation sexuelle, de travail forcé, de prélèvement d’organes et aussi de mendicité forcée.

Depuis la fin du 20e siècle, le terme de race est fréquemment utilisé durant les conflits et les guerres, ; il veut faire croire qu’il existe des différences insurmontables avec ceux qu’on désigne comme les ennemis.

Les premiers théoriciens de l’anarchisme ont soutenu l’égalité de tous les êtres humains. C’est le cas, par exemple, de William GODWIN, qui rejetait l’esclavage, ou encore de Pierre-Joseph PROUDHON qui écrivait : « Dans une république fédérative, le prolétariat et l’esclavage paraissent également inadmissibles ; la tendance doit être à leur abolition. » [3] . Par la suite, dès ses débuts, le mouvement anarchiste historique a bénéficié de penseurs qui, loin de se contenter de la critique de l’Etat, ont entrepris aussi de lutter contre le racisme.

C’est surtout Elisée RECLUS, qui utilise le mot de « race, » mais comme synonyme de la diversité humaine. Il interprète celle-ci comme une source de richesse pour l’humanité, richesse qui invite à multiplier les unions conjugales entre les diverses races et aboutir ainsi à une véritable fraternisation humaine.

Son expérience en Louisiane le met en contact avec l’esclavage. Il lit la presse francophone tenue par les Noirs des Etats-Unis, il écoute les prédicateurs itinérants, et il a retenu leur manière de se désigner comme Afro-Américains. Mais son point de vue est encore européen. Il pense que cette population a complètement perdu le savoir de ses origines, qu’elle n’a pas une culture propre, qui pourrait être elle aussi un apport à la civilisation des Etats-Unis. Au demeurant, cette grande attention qu’il prête à leurs discours, à leurs comportements, à leur servitude, et aussi aux formes de domination et aux barrières sociales, l’entraînera à écrire, après la Guerre de Sécession et contrairement à la gauche américaine qui n’y prête aucune attention, que l’abolition de l’esclavage n’a pas aboli le racisme, et à dénoncer cette situation. Notons enfin qu’Elisée Reclus à lui-même épousé une métisse.

Mais le "drapeau" de l’anarchisme est-il vraiment noir ? Les Afro-Américains se plaignent de voir un mouvement eurocentrique et blanc. Quant à leur participation, l’une des toutes premières figures, Lucy Parsons, à une époque de grande persécution, n’a sans doute pas osé se déclarer comme métisse. Et si les anarchistes semblent avoir une prédilection pour cette couleur (le chat noir, le "black" block, les groupes musicaux comme "Noir désir" ou "Bérurier noir", ce n’est que dans une période relativement récente qu’apparaissent des militants et des penseurs d’autres groupes ethniques. Ainsi, aux Etats-Unis, malgré les contacts avec un certain nombre de grandes figures du mouvement noir, comme Hubert Harrison (1883-1927), qui donna quelques conférences à l’école anarchiste Ferer de New York, ce n’est qu’assez récemment que l’on découvre d’autres personnalités, par exemple des anciens militants des Black Panthers tels que Ashanti ALSTON [4] ou encore Kuwasi BALAGOON (1946-1986). [Voir le site anglophone.]] On compte aussi des militant-e-s et des intellectuel-les comme Kai Lumumba BARROW
un certain nombre d’intellectuels et d’anciens militants des Black Panthers. Citons ici Greg JACKSON, l’écrivain Lorenzo Kom’boa ERVIN, Martin SOSTRE (né en 1923, condamné à 43 ans de prison pour des crimes qu’il n’avait pas commis) , ou aussi Roger WHITE, auteur d’un livre influent sur l’anarchisme post-colonial.

Ronald Creagh


[1Encycl. Universalis, 2013 art. [["racisme"

[2Encycl. Universalis, 2013 art. [["racisme"

[3Du principe fédératif, 3e partie, chap. 9. En ligne ici.

[4éditeur d’une série populaire, @narchist Panther Zine. Voir notamment le site anglophone et son site personnel.


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Articles

2013.- La Montée du racisme anti-haïtien
La République dominicaine, le 23 septembre, a décidé que les personnes nées après 1929 dont les parents sont d’origine étrangère n’auront plus la nationalité dominicaine. Cette mesure vise de fait essentiellement les cen- taines de milliers de dominicains d’origine haï- tienne (plus de 300 000) qui vivent depuis 3 à 4 générations dans un pays qui est le leur . En République (...)

BERNERI, Camillo. "The Racist Delirium"
Fascism, the triumph of the irrational, has taken the most discredited myths of pre-scientific ethnology to its bosom. One of the theorists of Hitlerism (assuming that it can be regarded as a body of doctrine), Ernest Krieck, in his book National Political Education (page 17), proclaims the need to subject science to National Socialist politics, thereby giving science the kiss of death. “The (...)

Les Temps nouveaux, supplément littéraire, n° 23-32 : Rapports du Congrès antiparlementaire international de 1900 (Paris)
Inclut : Rapport sur le mouvement hollandais. Communisme et anarchie ; L’Organisation de la vindicte appelée justice ; La Petite industrie en Angleterre / Pierre Kropotkine. L’Évolution récente chez les socialistes d’État / W. Tcherkesoff. Le Collectivisme et le communisme : anarchistes en Espagne / R. M. [Ricardo Mella]. La Coopération libre et les systèmes de communauté / Ricardo (...)

DELHOM, Joël. « Ambiguïtés de la question raciale dans les essais de Manuel González Prada »
in Les Noirs et le discours identitaire latino-américain, Victorien Lavou (éd.), Marges n° 18, CRILAUP-Presses Universitaires de Perpignan, 1997, p. 13-39.

SOBOUL, Edith. "Sur le voile, le féminisme, la laïcité et les lois d’exclusion"
Cet article est paru dans le mensuel Alternative libertaire d’avril 2004. Il faut s’opposer à la loi Ferry d’exclusion des jeunes filles voilées, qui instrumentalise pour ce faire la laïcité et le féminisme. Le combat laïque et féministe n’a pas besoin de telles lois contre-productives, pas plus qu’il n’a intérêt, pour s’y opposer, à faire alliance avec des associations religieuses, ou à modérer ses (...)

GUÉRIN, Daniel. "Sur le racisme anti-homosexuel"
Masques, no. 6 (Automne 1980), pp. 49-52


Bibliographie




Voir aussi :


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