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anthropologie et ethnologie


Voir aussi : Thesaurus (FICEDL)

L’anthropologie, terme qui parfois inclut l’ethnologie, étudie les variations et complexités des sociétés humaines. Elle a commencé par l’étude de groupes que l’on considérait comme "primitifs", et qu’on nomme aujourd’hui "les sociétés premières". Elle s’étend aujoud’hui à l’ensemble des sociétés, y compris à leurs interactions, par exemple les guerres.

Le mouvement anarchiste s’est intéressé dès les premiers temps aux sociétés sans État. Il voulait élargir la vision de la société humaine en examinant d’autres formes de vie sociale que celles des régimes établis. Ces observations sur des sociétés situées hors du cadre étroit des nations et du capitalisme permettaient d’envisager d’autres formes possibles de vie sociale. Les études actuelles abordent surtout les phénomènes de domination et de résistance, mais aussi des sociétés égalitaires.

L’anthropologie étudie les variations et complexités des sociétés humaines. Elle inclut des disciplines scientifiques qui sont diverses selon les pays. Les anthropologues américains, par exemple, se situent dans une tradition différente de celle de leurs collègues européens. Ce qu’on appelle en France "ethnologie", est généralement vu aux États-Unis comme "anthropologie culturelle". Plus récemment, les chercheurs de divers pays s’intéressent aux sociétés contemporaines, y compris aux mouvements alternatifs.

L’émergence de l’inégalité dans les sociétés premières, les formes de domination, avec leurs symboles, leurs rituels, les pratiques de déférence et de respect, mais aussi les formes de résistance au pouvoir, ont de tout temps intéressé chefs tribaux, meneurs et dirigeants de tous ordres, désireux d’assurer leur autorité. Mais ces formes sociales ont aussi été contestées depuis les temps les plus anciens. Une interrogation particulièrement nette a été exprimée en 1549 par un jeune homme de 18 ans, Étienne de La Boétie. Son ouvrage, Le Contr’un, s’étonnait que contrairement à tous les animaux, l’être humain avait renoncé à sa liberté pour se soumettre à un tyran. Commentant cet ouvrage, l’ethnologue Pierre Clastres écrivait : "Ce qui est ici désigné, c’est bien ce moment historique de la naissance de l’Histoire, cette rupture fatale qui n’aurait jamais dû se produire, cet irrationnel événement que nous autres modernes nommons de manière semblable la naissance de l’État. [1] "

C’est dès les débuts du mouvement anarchiste européen que les militants ont aussi cherché à étudier ces sociétés et, dans une certaine mesure, à en tirer des réflexions plus générales. On trouve ainsi chez le géographe Élisée Reclus des observations et des commentaires sur les peuples qu’à son époque on désignait comme "primitifs" ; ces travaux furent sans doute encouragés par l’exemple de son aîné, Élie Reclus, dont les publications sont encore aujourd’hui fort peu connues et encore moins étudiées.

Mais la réflexion des théoriciens du mouvement anarchiste est-elle applicable aux sociétés sans État ? "L’anarchie est exogène à toute communauté dite primitive ou rurale." estime Eduardo Colombo [2] De son côté, l’historien Vine Deloria (1933-2005) met en garde les ethnologues contre l’étude des Indiens dans le but d’en tirer des hypothèses théoriques généralisables à leur discipline [3].

Néanmoins, l’ouvrage de Pierre Clastres, La Société contre l’État, a suscité des questionnements et des vocations au sein des ethnologues et anthropologues. Cet écrit a joué un rôle imminent en posant la question de savoir si les sociétés sans État l’étaient par un choix conscient et volontaire ou si cette absence provenait d’un faible développement de la population. Depuis, diverses interprétations des "modèles" anarchistes sont en cours dans les diverses branches de l’anthropologie et de l’ethnologie. Il est clair que toute réflexion sur le changement social invite à réfléchir sur les formes de hiérarchie et de hétérarchie [4], de domination, d’exploitation, comme aussi sur les questions de décentralisation, de résistance, de monnaie, et plus généralement des divers aspects symboliques et concrets des sociétés humaines.

Ronald Creagh


[1La Boétie, Étienne de. Le discours de la servitude volontaire. Payot, Paris, 1976. Citation p. 231.

[2"Anarchisme, obligation sociale et devoir d’obéissance," Réfractions (Printemps 1998) No 2.

[3Vine Deloria, Custer Died for Your Sins : An Indian Manifesto (1969).

[4« réseau de coopération sans subordination, où chaque élément partage la même position "horizontale" de pouvoir et d’autorité » (Wikipedia)


Voir aussi :

[Rubriques]
Anthropologie - Ethnologie - Sociologie
Anthropology

Les sites référencés :


Audio interview with David Graeber on anarchism and antropology : http://ingovernabile.noblogs.org/post/2009/04/26/audio-intervista-con-david-graeber-su-anarchismo-e-antropologia
[en] "Radical Anthropology" : http://www.antropologi.info/blog/anthropology/2007/new_journal_radical_anthropology_wit_dav
[en] Anarchist Anthropology : http://www.researchgate.net/post/anarchist_anthropology
[en] Anthropology and Anarchy (C. J-H Macdonald’s Site) : https://sites.google.com/site/charlesjhmacdonaldssite/

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Articles

CLASTRES, Pierre. Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives
Nouvelle présentation. Éditions de l’Aube, 2016. 80 pages. (L’Aube essai). 9,80 euros. Pierre Clastres (1934-1977), anthropologue et ethnologue, est un spécialiste des Indiens d’Amérique. Sa principale thèse est la suivante : les sociétés primitives ne sont pas des sociétés qui n’auraient pas encore découvert le pouvoir et l’État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que l’État (...)

MACDONALD, Charles. "Anthropologie de l’anarchie et anarchisme"
causerie de Charles Macdonald 10 octobre 2014 au CIRA de Marseille Je suis très heureux d’être devant vous et vous suis reconnaissant de l’intérêt que vous portez aux idées que je peux développer sur l’anthropologie et sur l’anarchisme, et le rapport entre les deux. Je suis en France à peu près le seul de mon espèce car je ne connais pas d’autre représentant en France de ce qu’on pourrait appeler (...)

CREAGH, Ronald.- Le regard captatif de l’État
Savez-vous pourquoi les cités labyrinthiques du Moyen-Âge et leurs rues populeuses ont été remplacées par des avenues rectilignes ? Pourquoi les terrains irréguliers ont été aplanis et réduits à des espaces homogènes, hiérarchisés, géométriques ? Pourquoi les forêts domaniales sont nettoyées de leur sous-bois ? Pourquoi vous avez un nom de famille, une adresse postale, et des registres qui suivent fidèlement (...)

SCOTT, James C. La Domination et les arts de la résistance
Traduction d’Olivier Ruchet. 2009 : Editions Amsterdam. 272 pages. ISBN 978-2-91554-76-10. Note de l’éditeur À trop s’intéresser au discours public des dominants et des dominés, au détriment de leur discours « caché », par définition difficilement saisissable, on approche les situations de domination de manière trompeuse, et l’on risque de ne pas même apercevoir la résistance effectivement opposée (...)

CREAGH, Ronald. [Compte-rendu] "Un anar chez les ethnologues."
in Réfractions, (Printemps 2007) 18 : 117-130. Pour une anthropologie anarchiste offre un double intérêt : il redonne à l’étude des sociétés « premières » la place qu’elles méritent dans la réflexion sur le monde et il incite les lecteurs libertaires à renouveler cette tradition. Il est très rare qu’un petit ouvrage aborde autant de thèmes aussi variés que l’imaginaire de l’État et celui du contre pouvoir, (...)

GRAEBER, David G. Toward an anthropological theory of value : The false coin of our own dreams.
New York : Palgrave, 2001. XIII-337 p. ; 22 cm. Bibliogr. p. 281-315. Index

GRAEBER, David G. Pour une anthropologie anarchiste.
Traduit de l’anglais par Karine Peschard. Montréal (Québec) : Lux éd. ; [Paris] : diff. DNM, impr. 2006. 1 vol. (164 p.) ; 18 cm. L’anarchisme, en tant que philosophie politique, est en plein essor. De fondement de l’organisation dans le mouvement altermondialiste qu’ils étaient, les principes anarchistes traditionnels — autonomie, association volontaire, autogestion, entraide, démocratie directe — (...)

CORNUAULT, Joël. "« L’ Union plénière du civilisé avec le sauvage » selon Reclus"
Tous les textes d’Elisée Reclus, les commentaires, discussions, et outils bibliographiques ont été transféré sur un site consacré uniquement à Elisée Reclus. En cliquant sur ce lien vous pourrez y accéder. BONNE LECTURE !


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