GOLDBERG, Myshele. "Telling Mythologies. Pasts and Possible Futures in Activist Literature" ["Mythologies révélatrices. Les passés et les futurs possibles dans la littérature militante"].

mercredi 27 février 2008
par  R.C.
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M. Goldberg a interviewé un certain nombre de militants et examiné les mythologies sous-jacentes à leurs livres préférés.

[(Les anarchistes se perçoivent comme des êtres rationnels, mais ils se nourrissent de mythes comme tout le monde. Ils sont hostiles aux sondages sociologiques, mais il arrive que ceux-ci les questionnent. Ils diront qu’un échantillonage ne saurait être représentatif, surtout s’il s’agit d’anglophones, notamment de la côte est des Etats-Unis, c’est-à-dire de personnes que tout militant français considère comme irrémédiablement naïfs et crédules. Ils ajouteront enfin que les lectures d’un individu n’indiquent rien de ses convictions : on peut être intéressé par un ouvrage sans pour autant partager les convictions de son auteur.

Evitons donc de généraliser et contentons-nous de citer les conclusions de ce travail. M. Goldberg a interrogé des anarchistes sur leurs lectures et elle a repéré trois structures mythologiques qui revenaient constamment dans les cinq livres les plus fréquemment cités, parmi ceux parus depuis 2000. Elle constate que ces récits proposent une même interprétation du monde et un même modèle de comportement.

Le premier de ces archétypes est celui de la Chûte, la fin d’un état de grâce qui aurait existé à l’origine de l’histoire humaine. Ce thème, quasi universel, se traduit chez les militants par la nostalgie d’une période primitive où n’existait aucune hiérarchie. C’est sous un tel éclairage que les anarchistes interprètent parfois la vie sociale des sociétés dites "primitives". L’apparition de la domination serait une sorte de péché originel qui vicie toutes les structures sociales.

Aussi apparaît le second mythe, celui du Piège. Il est décrit à travers diverses métaphores : le réseau, la prison, la machine. "Nous sommes encerclés par une substance omniprésente ou poursuivis par un monstre. Les traits communs à ces métaphores sont de l’ordre de l’échelle et de la complexité, ils traduisent la propension à la violence, la cupidité et l’assujettissement." Les contraintes du système entraînent les gens à le reproduire.

L’histoire aparaît donc sous la forme d’un troisième mythe, celui du Combat. Militants et oppresseurs sont engagés dans une lutte où les masses ignorantes sont à la fois l’enjeu et l’élément décisif. Ainsi apparaissent deux futurs possibles, l’apocalypse ou l’utopie. Le rôle des militants est d’empêcher l’une et de promouvoir l’autre.

Ces grandes interprétations de l’histoire humaine ne sont pas sans rappeler les mythes occidentaux dominants. Et l’on peut se demander avec l’auteure s’il est possible de changer les structures lorsqu’on adopte une simple variante des explications autorisées : ces récits sans doute familiers ne sont pas une vraie alternative. Et inversement, qu’en serait-il si on proposait une explication vraiment différente mais qui ne serait pas familière ?

Les interprétations mythiques peuvent donner du courage aux militants à travers les mille épreuves qu’ils doivent affronter. Il appartiendra au lecteur de juger si ces mythes inspirent, de près ou de loin, ses auteurs favoris et si les rationalistes impénitents y échappent. Assurément, nos théoriciens préférés multiplient les nuances et prennent des précautions de Sioux lorsqu’ils examinent l’histoire des origines ou l’avenir de l’humanité. Echappent-ils pour autant aux archétypes ? Peut-on se lancer dans une grande oeuvre de toute une vie sans une vision qui englobe le monde et les grandes valeurs auxquelles on adhère ?

Ronald Creagh)]

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