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PARSONS, Albert R. par Rudolf Rocker

Lucy and Albert R. Parsons
Ill. : Richard Bonfils

Parsons raconta sa vie à un reporter alors qu’il était à la prison de Cook Country. Celui-ci la livra à la publicité comme suit :

Je suis né le 20 juin 1848, à Montgomery (Alabama), États-Unis. Mes ancêtres quittèrent l’Angleterre pour les Amériques en 1632 et s’installèrent dans les environs de Narranganset- Bay. C’étaient des puritains. Mon père était natif du Maine et ma mère du New Jersey. J’avais 5 ans lorsque mourut ma mère et je fus envoyé au Texas avec un frère marié.

De là, nous allâmes à Johnson Country, où nous restâmes 2 ans. Après quoi on alla voir du côté de Hill Country ; puis on me refila à une soeur mariée avec qui je repartis au Texas, à Waco. En 1859 je fus embauché comme apprenti typographe dans l’imprimerie du "Galveston Daily News" (quotidien de Galveston), où je suis resté 7 ans.

Quand la guerre éclata en 1861 contre le Sud, je m’engageai dans une compagnie de volontaires appelée "Lone Star Rifles".

Mes premières expériences en tant que soldat se déroulèrent au cours d’un voyage que je fis à bord d’un bateau de passagers, le "Morgan", transformé en bateau de guerre pour arrêter le bateau fédéral "Star of the West". Après une semaine passée dans le golfe de Mexico, nous arrivâmes à Corpus Christi, où nous trouvâmes l’armée du général Smigg qui avait fait évacuer les forts des frontières du Texas. Nous revînmes à Galveston où ma compagnie fit de longues marches sur terre pour se retrouver avec l’armée du général Lee, en Virginie.

Comme j’étais trop jeune pour supporter la fatigue, on m’abandonna en chemin. Quelques mois après, j’arrivai du côté de Sabine où je m’engageai dans une compagnie d’artilleurs ; j’y restai un an à peu près, jusqu’à ce que nous fussions tous réformés par la loi de conscription. J’ai fini la guerre vers 1865 dans la brigade du général Parsons...

Après toutes ces pérégrinations je suis revenu à Waco où j’ai été pendant six mois à l’école, à la suite de quoi je suis devenu professeur ! Tout de suite après, j’ai fondé un journal intitulé "The Spectator" (le Spectateur). Je l’ai rédigé et publié dans le seul but de voir la reconstruction du Sud par le Nord. C’est avec ces idées-là que j’ai adhéré au Parti républicain, qui, à cette époque, défendait la race noire contre l’esclavage. Me mêler de la défense des noirs ne m’a apporté que des ennuis de la part de mes parents et amis. Les négriers étaient si furieux contre moi, que j’ai été plusieurs fois menacé de mort ; j’ai même reçu un coup de matraque d’un banquier parce que j’avais déclaré en sa présence que jamais je ne cesserais de défendre les droits de mes frères de couleur.

Je fis une série de discours déclarés incendiaires par les esclavagistes. En 1871, je fus élu lecteur du Sénat de l’État du Texas. Le gouverneur en profita pour me nommer également colonel de la milice. En tant que tel, j’ai rendu bien des services pour le remplissage des urnes en protégeant les pauvres noirs dans leurs droits civils qui étaient poursuivis et assassinés par les membres du Klux.

En 1873, je vins à Chicago. J’adhérai aussitôt à l’Union des typographes et j’en suis encore membre. Mon premier emploi de typographe je l’ai eu à l’"Inter-Ocean" et trois ans après je travaillai pour le Chicago Times.

En 1875 je m’affiliai au Parti ouvrier socialiste, et l’année suivante à l’Ordre des chevaliers du travail, dont je suis encore membre.

La même année, les socialistes me nommèrent candidat au Conseil et en 77, je fus viré du "Times" pour avoir participé à la grande grève des typographes au mois de juillet. L’avalanche d’élections continua ainsi ; en décembre 77, je fus élu délégué au Congrès du Parti ouvrier socialiste des États-Unis, célébré à Newark (New Jersey).

De retour à Chicago, je fus deux fois délégué au Congrès par les camarades de Country Clerk, deux fois conseiller. En 1879, la section de Chicago me nomma délégué au Congrès du Parti ouvrier socialiste à Alleghany City, et, en 1880, j’abandonnai le parti pour retrouver les socialistes révolutionnaires dont je fus encore le délégué à leur Congrès. Je fus aussi délégué au Congrès de Pittsburg où fut organisée l’AIT, dont je suis encore membre.

Comme orateur et propagandiste, j’ai traversé seize États de notre pays et pendant ces onze dernières années j’ai parlé à plus de mille meetings sur les divers thèmes du socialisme.

Je suis père de famille et j’ai deux enfants, un garçon de huit ans et une fille de six.

Lulu and Albert Parsons
© Richard Bonfils

Depuis 1884, Parsons était rédacteur de Alarm, journal fondé à Chicago par les internationalistes, interdit après l’affaire de Haymarket ("le marché de Hay") par la police.

En 1872, il s’était installé à Austin avec sa compagne qu’il avait connue toute petite alors qu’elle était esclave de ses parents. Durant toute sa vie, sa compagne fut une propagandiste de l’anarchisme.

Suite : Adolph Fischer


Mis en ligne par : CREAGH Ronald

Pour citer cet article :
PARSONS, Albert R. par Rudolf Rocker,
Dernières modifications : 27 septembre 2008. [En ligne].
https://raforum.info/spip.php?article946
[Consulté le 15 août 2017]



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